(fr) La littérature de jeunesse, qu’il s’agisse de romans, d’albums ou de bandes dessinées, met fréquemment son lectorat en présence de cartes qui sont autant spatialisations narratives que narrations spatialisées. L’exploration du fonds Jeanne Cappe, rassemblant des ouvrages édités de la fin des années 1940 au milieu des années 1970, et de productions contemporaines le confirme : la carte parcourt l’histoire et les genres de la littérature de jeunesse. La perspective à la fois synchronique et diachronique adoptée, ainsi que l’approche littéraire et iconographique, enrichie d’emprunts à la géographie, à l’histoire de la cartographie et à l’histoire de l’art, permet non seulement de réaliser une cartographie de la carte en littérature de jeunesse, mais également de tenter d’en dégager les enjeux rhétoriques, esthétiques et sur le plan de l’imaginaire. Finalement : que révèle la carte littéraire de la littérature de jeunesse et, réciproquement, que fait la littérature de jeunesse de la carte littéraire ? La première partie s’intéresse à la fonction éducative de la carte, abordant la réflexion sur la transmission de la géographie dans différents genres (roman scolaire, atlas, récit de voyage et roman d’aventures). Y est également traitée l’écriture cartographique de l’histoire, particulièrement par rapport à la manière dont la littérature de jeunesse exploite l’historicité de la carte dans les romans historiques, entre autres. La deuxième partie est consacrée à la matérialité de la carte afin de mettre en évidence ses liens avec l’histoire de la cartographie et la cartographie artistique. Cette étude de l’identité physique de la carte est révélatrice d’une multiplicité d’interactions dans lesquelles le corps et les sens (des personnages, par la mise en scène de l’expérience cartographique, et des lecteurs, par la manipulation et la consultation de l’ensemble formé par la carte et le texte) sont particulièrement sollicités. La troisième partie étudie la carte comme mise en image et en symbole, mise en mots et mise en scène. Ce constat d’une mise en représentation du monde amène à interroger la notion de vraisemblance et l’exploitation du langage cartographique dans la carte littéraire. Il conduit ensuite à s’intéresser à la présence de l’imaginaire littéraire au sein de l’imaginaire cartographique. Enfin, est envisagée la littérarisation de la carte comme manifestation d’une littérature en expansion sur l’espace de la carte. Les enjeux rhétoriques, esthétiques et liés à l’imaginaire sont transversaux aux trois parties : parce qu’il s’agit de cartes littéraires, la question du langage – des langages, puisqu’en elles se réalise la conjonction du langage cartographique et du langage littéraire – est au cœur d’interactions entre les objectifs discursifs, le style, la matérialité et l’imaginaire de la carte.
Messing, S. (2019). Rhétorique, esthétique et imaginaire de la carte en littérature de jeunesse : du fonds Jeanne Cappe aux productions contemporaines. https://hdl.handle.net/2078.5/91150