Un paradoxe diagrammatologique ? L’arbre répartiteur du chapitre XVI du Micrologus de Guido d’Arezzo (Paris, BnF, Lat. 7211, f. 84v)

Virenque, Naïs
(2023) Journée d’étude « Les diagrammes musicaux au Moyen Âge : formes, fonctions, évolution » — Location: École Pratique des Hautes Études, Paris (16.May.2023)

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  • Virenque, NaïsUCLouvain
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Au Moyen Âge, nombreux sont les domaines du savoir (comme les arts libéraux), de la spiritualité (comme la méditation christologique) et de la morale (comme les vices et les vertus) qui font l’objet d’une organisation diagrammatique par le biais d’arbres répartiteurs. Ces arbres favorisent la visualisation d’une matière en en décomposant les parties et en permettant une accessibilité graduée à son contenu. En particulier à partir du XIIe siècle, les arbres répartiteurs constituent fréquemment des matrices exégétiques et mnémotechniques, plus largement cognitives, grâce auxquelles il est possible de modéliser, c’est-à-dire de refléter et/ou de produire, un cheminement vers la sagesse ou la connaissance. Dans un précédent article et, de manière plus approfondie, dans notre thèse de doctorat, nous avons dressé un panorama synthétique des différentes modalités selon lesquelles les arbres répartiteurs innervent le champ du sonore dans la seconde moitié du Moyen Âge et au début de l’époque moderne. En s’appuyant sur ce panorama, voire en en remaniant certains points, la présente contribution partira d’un constat : visionner de nombreux manuscrits latins comportant des copies d’auctoritates telles que Boèce, Cassiodore ou Isidore de Séville, ainsi que des écrits encyclopédiques et des manuels sur l’un des arts du quadrivium, voire sur la musique elle-même, conduit à s’apercevoir que, en dehors de graphes reflétant des divisiones des parties et des contenus de la musique, ces manuscrits ne comportent quasiment aucun arbre répartiteur. Cette absence, qui singularise la musique par rapport à d’autres domaines du savoir, peut s’expliquer par le fait que, dès l’Antiquité, d’autres figures concurrencent les arbres pour modéliser les savoirs musicaux – la plupart du temps, des schémas tendanciellement diagrammatiques du monocorde, pourvus d’arcs de cercle figurant les rapports d’intervalles sonores. Quoi qu’il en soit, dans la seconde moitié du Moyen Âge, et en dehors des graphes, il n’existe guère, à notre connaissance, que quelques types d’arbres répartiteurs traitant de la musique en donnant à voir autre chose que des divisiones de cette dernière en tant qu’art libéral – par exemple, un arbre matérialisant des considérations du chapitre XVI du Micrologus, que Guido d’Arezzo (992-après 1033) rédige entre 1025 et 1026 ; un arbre figurant les correspondances entre les hauteurs des sons et la distance qui sépare les planètes à partir du De musica de Boèce (vers 480-524) ; ou encore un ensemble d’arbres rendant compte des rapports rapports mathématiques permettant d'exprimer arithmétiquement des intervalles musicaux que Johannes Vetulus de Anagnia (fl. XIVe siècle) élabore dans le Liber de musica. Notre contribution se propose d’effectuer un examen diagrammatologique approfondi du premier de ces trois arbres, qui porte sur l’organisation du son et des neumes, et qui n’a fait l’objet d’aucune étude monographique. Elle se fondera sur une lecture du texte de Guido d’Arezzo, qui ne confère à sa figure aucune forme spécifique : il se contente, écrit-il, de « joindre […] une description pour que la vue facilite la progression » (« descriptionem subjecimus, quo facilior per oculos via sit »), c’est-à-dire de fournir au lecteur un moyen visuel heuristique (une « descriptio ») chargé de matérialiser le déploiement de son raisonnement. Dans les copies médiévales du Micrologus, cette figure est un diagramme qui adopte généralement une forme scalaire ou dispose d’une forme propre reposant sur un réseau de délinéations graphiques [fig. 1]. Toutefois, au verso du folio 84 du manuscrit latin 7211 de la Bibliothèque nationale de France, copié au XIIe siècle au scriptorium de l’abbaye Saint-Pierre de Luxeuil, la culture diagrammatique de l’arbre croise la diagrammatisation de la pensée de Guido d’Arezzo : la « descriptio » y adopte une figuration végétale [fig. 2], témoignant de l’engouement pour l’efficacité opératoire de l’arbre dans les années 1100. Cette figure modélise, en le simplifiant à l’extrême, le contenu du chapitre XVI du Micrologus. Mais, pour deux raisons, elle va curieusement à l’encontre à la fois du propos de Guido d’Arezzo et de l’opérativité de la forme diagrammatique de l’arbre, desservant par là tant le raisonnement que l’utilité d’y adjoindre une figure heuristique. La contribution examinera les modalités formelles, figuratives et fonctionnelles de cet arbre, cherchera à comprendre ses limites morphogénétiques, et visera à déterminer l’origine de, s’il en est, ce paradoxe diagrammatologique.
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Virenque, N. (2023). Un paradoxe diagrammatologique ? L’arbre répartiteur du chapitre XVI du Micrologus de Guido d’Arezzo (Paris, BnF, Lat. 7211, f. 84v). Journée d’étude « Les diagrammes musicaux au Moyen Âge : formes, fonctions, évolution », École Pratique des Hautes Études, Paris. https://hdl.handle.net/2078.5/232702