Les grands ensembles de logements construits dans les années 1960 pour faciliter l’accès à la propriété de jeunes ménages sont aujourd’hui touchés de plein fouet par le vieillissement de leurs habitants dont certains n’ont jamais quitté leur logement. Nous nous interrogeons sur les motivations de ces personnes âgées à être restées vieillir chez elles et le rôle du grand ensemble dans ce choix. Nous faisons l’hypothèse que les grands ensembles construits selon un idéal de rendement social (« Un logement pour tous ») comportent des dispositifs à la fois spatiaux et sociaux, supports du vieillissement et que ces supports sont révélés par les pratiques des habitants eux-mêmes. L’étude s’appuie sur le vécu et la parole de résidents âgés de 60 ans à 98 ans dans cinq copropriétés à Toulouse et à Bruxelles. Les entretiens semi-directifs accompagnés de relevés habité des logements montrent d’abord combien le haut degré d’autochtonie, la représentation positive du logement et l’intériorité étendue due à la réduction progressive de la sphère du chez soi, caractérisent le lien unissant ces personnes au grand ensemble et constituent un soutien naturel au vieillissement, qui ne saurait être remplacé par aucun autre logement. Dans un second temps, nous montrons que le vieillissement des habitants au sein du collectif grand ensemble cristallise une série de tensions, en lien avec la gestion-gouvernance des copropriétés, l’entretien et l’occupation des espaces collectifs et la projection quant à leur devenir.
Courbebaisse, A. (2022). Vieillir en grand ensemble. Etudes de cas Toulouse-Bruxelles. Lieux et Enjeux. Habitat et vieillissement, de nouvelles perspectives ? Vieux Sujets, nouveaux regards., ENSA Paris Val-de-Seine. https://hdl.handle.net/2078.5/23723