Les justiciables peuvent-ils produire de la connaissance concernant les institutions judiciaires ? L’exemple du système d’administration de la justice pénale et de ses clients

(2014) Conférence — Location: Département des sciences juridiques de la Faculté de science politique et de droit de l’UQAM, Montréal (19.February.2014)

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Les questionnements traversant les approches épistémologiques en sciences humaines et leur évolution s’accompagne, depuis plus d’un siècle, d’un débat relatif à la relation entre discours profane et discours expert. Si ce débat reste loin d’être tranché, le statut à donner au point de vue et à l’expérience des acteurs dans la construction des savoirs et leur traitement social a cependant considérablement évolué. Depuis la critique adressée par H. Garfinkel (1967) à la sociologie mainstream de son époque (qui selon lui concevait l’acteur en tant que « cultural dope »), le développement de la recherche qualitative en sciences sociales a ouvert la voie à une prise en compte, dans l’élaboration de la connaissance, de la capacité réflexive des acteurs, réflexivité qui ne se réduit pas à la simple « capacité de recul » mais suppose la faculté d’analyse et d’interprétation. Il semble cependant que, dans le domaine du droit et de la justice, l’on observe encore une certaine frilosité à envisager l’expérience des acteurs comme outil de compréhension relative au fonctionnement des institutions. Et lorsque cette expérience est intégrée dans la recherche, deux éléments sont notables (1) il s’agit la plupart du temps de celles des professionnels qui travaillent dans le domaine de la justice et non de ceux à qui ils s’adressent en tant que justiciables et (2) la question de « l’expérience » est souvent prudemment éludée au profit d’une perspective qui intègre principalement les « représentations sociales » des acteurs plutôt que leurs pratiques effectives. Dans le domaine de l’administration de la justice pénale, la question se pose avec d’autant plus d’acuité que la clientèle dont elle s’occupe, caractérisée avant tout par un rapport transgressif à la norme, est dotée d’une parole déjà faiblement prise en compte par les professionnels eux-mêmes car d’emblée disqualifiée. L’on peut cependant avancer l’hypothèse que le justiciable pénalisé « pratique » le droit et l’institution pénale au même titre que ses professionnels et, par son récit, livre autre chose qu’un simple point de vue individuel. La contribution proposée vise, au départ de diverses expériences personnelles de recherche en criminologie reposant sur un matériel empirique récolté (par entretiens et récits topiques) auprès de justiciables pénalisés en Belgique, à valider cette hypothèse, c’est-à-dire soutenir la pertinence et la possibilité d’une approche qui est située du côté de ceux-ci en même temps qu’elle vise le fonctionnement de l’institution. A l’occasion de cette réflexion, sera également abordé le courant émergent de la « Convict criminology », criminologie élaborée et investie par d’anciens justiciables et dont le manifeste énonce le projet suivant : « We challenge the way crime and correctional problems are traditionally represented and discussed by researcher, policymakers and politicians” (New School of Convict Criminology).
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Devresse, M.-S. (2014). Les justiciables peuvent-ils produire de la connaissance concernant les institutions judiciaires ? L’exemple du système d’administration de la justice pénale et de ses clients. Conférence, Département des sciences juridiques de la Faculté de science politique et de droit de l’UQAM, Montréal. https://hdl.handle.net/2078.5/248472