1 Introduction Au tournant de ce premier quart du vingt et unième siècle, les opérations de paix de l’ONU semblent une fois de plus à la croisée des chemins. L’ère des méga-opérations semble révolue : trop complexes, trop coûteuses, de moins en moins bien acceptées par les populations et finalement décevantes quant à leur capacité à réaliser les objectifs assignés par leur mandat1. Du Darfour au Mali en passant par la République démocratique du Congo, cette modalité semble en voie d’extinction. Pourtant, les besoins sont plus que jamais criants : la conflictualité armée continue à meurtrir l’Afrique, du Soudan aux confins occidentaux du Sahara-Sahel tandis que la violence redouble au Kivu. Les autres continents ne sont pas en reste : Haïti s’enfonce dans le chaos et demain qui sait si l’ONU ne sera pas appelée au chevet de l’Ukraine, au Yémen, à la frontière du Guyana ou dans la bande de Gaza ? Ces interventions futures devront intégrer bien des contraintes. Doctrinales : les leçons apprises de plus de 75 années de pratiques ont beaucoup réfuté et peu validé. On sait donc assez bien ce qui marche mal et assez mal ce qui marche bien. Politiques : en dehors des cercles spécialisés, le maintien de la paix intéresse peu et convainc encore moins. Budgétaires : les bailleurs de fonds sont fatigués de combler ce qu’ils perçoivent de plus en plus comme un tonneau des Danaïdes, si peu efficace et encore moins efficient. L’ONU devra de surcroît opérer dans un contexte géopolitique traversé de tensions comme le monde n’en a plus connu depuis des décennies et où les fondements mêmes des principes de l’ONU se voient contestés par une part croissante de ses États membres et de la société civile internationale. Le moment est donc opportun pour esquisser une réflexion globale sur l'avenir du maintien de la paix. Ce travail pourra s'appuyer sur les réflexions institutionnelles en cours à l’ONU à travers notamment le Nouvel agenda pour la paix (NAP), la résolution 2719 (2023) actant le financement par le budget de l’ONU d'opérations africaines de paix sous l'égide de l'Union africaine. Il propose aussi une vue panoramique sur les réflexions en cours dans la recherche toujours plus foisonnante sur ces questions.