Le pamphlet peut, comme se le propose Courier, mettre « les vieux scandales à côté des nouveaux », c’est-à-dire s’offrir comme une chronique de l’actualité et au-delà de l’histoire récente, proposant aux contemporains de s’en saisir à l’aune d’une histoire plus ancienne – celle des mœurs et des privilèges qui, depuis l’Ancien Régime, sont restés le propre de la noblesse et du clergé. Au gré d’anecdotes, de dialogues fictifs, de scènes de la vie de province hissées au rang d’exempla, Courier retrace ainsi dans ses pamphlets les effets en Touraine, depuis laquelle il écrit, du tournant autoritariste pris par le régime restauré après l’assassinat du duc de Berry, en 1820. D’autres pamphlétaires devaient suivre ses pas, achevant de faire du pamphlet la chronique polémique de leur temps – plus brève et plus incisive, pour les besoins de la démonstration, que ne saurait l’être la chronique de l’historien. Sous la monarchie de Juillet, Claude Tillier, pamphlétaire du Nivernais, fait ainsi des pamphlets qu’il publie la chronique incendiaire et farouchement républicaine des effets sur le prolétariat urbain de la politique libérale et bourgeoise menée par le régime. Aussi nous proposons-nous d’envisager le pamphlet de la première moitié du XIXe siècle comme l’un des lieux privilégiés où s’écrit, opus après opus, la chronique d’une époque caractérisée par des soubresauts politiques dont les pamphlétaires recensent et problématisent dans leurs écrits les répercussions quotidiennes, à Paris comme en province. On tentera de montrer, à la lumière des écrits de Courier et de Tillier, la façon dont le pamphlet permet d’historiciser le présent, d’offrir l’instantané du climat idéologique et politique d’une époque – répondant par là à l’ambition même de la chronique.
Saintes, L. (2026). “Voilà mon trait d’histoire que je rapporte exprès”. Le pamphlet du premier XIXe siècle, chronique polémique de son temps. Romantisme : littératures - arts - sciences - histoire, 212(1), 43-54. (Original work published 2026)