Les modes de vie sont ce qui nous affectent le plus, et pourtant ils sont hors de notre contrôle. Il y a là un paradoxe démocratique : nous, individus réputés libres et démocratiques, sommes dans les fers des modes de vie. Ceux-ci nous imposent en effet des attentes de comportement durables (avoir un travail, être consommateur, s’intégrer au monde technologique, au monde administratif, au monde économique,…) auxquels nous devons globalement nous adapter. Ce paradoxe est renforcé par un paradoxe éthique : c’est au moment où l’on assiste à une véritable inflation éthique, par la multiplication des comités, chartes, conseils, règlements, labels éthiques en tout genre, tous censés protéger les droits individuels, que le modes de vie de plus en plus contraignants étendent comme jamais leur emprise sur les individus. Ce qui veut dire que toute cette inflation éthique sert à blanchir le système et les modes de vie qui en découlent, qui peuvent ainsi étendre toute leur emprise en étant éthiquement « clean ». Notre éthique ne sert donc pas à critiquer le système ni les modes de vie, mais à les accompagner dans leur marche triomphale. A travers les modes de vie, avec la complicité de l’éthique individualiste, le système s’impose de manière aveugle, non concertée, non voulue, non planifiée, et pour cela inéluctable. C’est pour enrayer cette marche triomphale à laquelle nous concourons sans le vouloir qu’il faut imaginer une nouvelle institution, une institution du commun, qui puisse éthiquement et politiquement se saisir de ce qui nous échappe, à savoir les modes de vie. Cette institution est appelée ici « Parlement des modes de vie » - un Parlement qui, profitant de l’invention la plus significative que le mode de vie contemporain nous ait imposé – à savoir internet – devrait être virtuel. Grâce, par exemple, à une organisation des réseaux sociaux en Parlement, nous pourrions ainsi retourner l’évolution des modes de vie contre la manière dont les modes de vie évoluent (à savoir : sur le mode de l’inéluctable, de manière qui échappe à toute concertation et délibération démocratiques). Tel est l’enjeu d’une politique des modes de vie.