Le présent article, qui se situe à la croisée de la phénoménologie clinique et de la psychanalyse, explicite ce qu’il en est de la rencontre avec le schizophrène dans ce qu’elle a d’impossible au sein de la cure. Et cependant, bien qu’impossible, elle a lieu et, lorsque tel est le cas, se trouve exhaussée au point le plus aigu de l’authenticité. La fonction de la parole y est centrale, la langue se trouve ici incarnée au plus haut point, les mots n’y souffrent plus aucune approximation. Voilà que le langage se révèle comme vivant, corporellement, et qu’il se voit chargé d’une vocation : celle de transmuter en une vie ce que la vie comporte toujours déjà de pollution par la mort. Le thérapeute ici occupe la place de l’interprète : celui de cette instance mystérieuse et transcendante d’où s’origine la parole vraie et que Heidegger, à la suite de Hölderlin, a nommée « les Célestes ».
Lekeuche, P. (2011). Avec le schizophrène : La rencontre par excellence. Cliniques méditerranéennes - psychanalyse et psychopathologie freudiennes, 84(2), 169-183. https://doi.org/10.3917/cm.084.0169 (Original work published 2011)