Les pénuries enseignantes constituent un enjeu majeur et sont largement discutées dans la littérature scientifique. En Belgique francophone, comme dans de nombreux autres pays du monde, la situation devient particulièrement préoccupante. Parmi les facteurs contribuant à ces pénuries figure la difficulté d’attirer des candidats dans les formations initiales à l’enseignement (Charles et al., 2024). Cette diminution d’attractivité semble liée à une évolution de la perception de la profession enseignante qui s’ancre dans un contexte de déclin de l’institution (Dubet, 2002). En effet, dans un contexte social en transformation, le métier d’enseignant ne bénéficie plus ni du prestige qu’il a parfois eu, ni d’un adossement presque naturel à une institution puissante source d’autorité et de respect. Les enseignants et futurs enseignants se sentent dès lors simultanément moins soutenus et devant faire face à un métier devenu plus complexe. Ces préoccupations largement exprimées découragent de potentiels candidats aux programmes de formation d'enseignant, contribuant ainsi à la baisse d’inscriptions dans ces formations (Quittre et al., 2019). Alors que de nombreuses études se penchent sur les étudiants ayant choisi la formation enseignante, peu de travaux se concentrent sur ces candidats ne s’inscrivant pas dans ces programmes. Cette population qui aurait pu s’engager dans ces études et qui ne l’a pas fait offre pourtant une clé de compréhension essentielle pour appréhender les raisons qui sous-tendent la perte d’’attractivité de la profession enseignante. La question qui nous occupe ici est la suivante : « Quelles sont les perceptions des étudiants du supérieur à l'égard de la profession enseignante et dans quelle mesure ces perceptions influencent-elles leurs choix d’études ? ». Pour répondre à cette question, nous avons adopté une démarche exploratoire en utilisant une approche qualitative, à travers des entretiens semi-structurés. Cette approche se base sur la théorie de l’expectancy-value (Eccles & Wigfield, 2000), qui explique comment les attentes de réussite et les valeurs perçues d’une tâche influencent des décisions, notamment en matière d’orientation professionnelle. De manière plus spécifique, nous mobilisons le modèle FIT-Choice (Watt & Richardson, 2007), qui étudie les motivations relatives aux choix de carrière dans l’enseignement. Ce cadre théorique nous permet de structurer notre guide d’entretien autour de thématiques telles que les motivations d’orientation d’études, les influences de socialisation et les perceptions de la profession enseignante. Cette méthode, particulièrement adaptée à l’étude de perceptions complexes, nous offre la possibilité de recueillir des données riches et nuancées, incluant des informations à la fois verbales et non verbales. Notre échantillon (N=37) est constitué d’étudiants du supérieur provenant de différentes filières qui n’ont pas choisi des études d’enseignant. Il s’agit de 18 étudiants en haute école (9 étudiants en études d’Éducateur spécialisé socio-éducatif, 9 étudiants en études d’Infirmier responsable de soins généraux) et 19 étudiants à l’université (9 étudiants en études de Sciences psychologiques et 10 étudiants en études de Médecine). Nous avons choisi de solliciter tant des étudiants de filières de haute école que de filières d’université pour diversifier le public en termes de parcours et d’origines sociales. Concernant le choix de ces 4 filières, nous avons cherché à nous rattacher à deux grands domaines de l’enseignement supérieur, à savoir celui de la Santé et celui des Sciences humaines et Sociales. Ces domaines ont la particularité d’inclure des métiers à forte composante relationnelle, tout comme la profession enseignante. Ils nous permettent en outre d’explorer des métiers avec des positions contrastées en termes de prestige, ce qui est pertinent pour comparer les facteurs d’attractivité (Jaoul‐Grammare, 2023). Cette diversification de profils dans l’échantillon nous semble cruciale pour comprendre les mécanismes d’attractivité relatifs à la profession enseignante. Les entretiens, d’une durée de 45 à 75 minutes, sont actuellement en cours de réalisation et les données feront l’objet d’une analyse de contenu. En s’intéressant aux perceptions des étudiants et aux processus motivationnels, cette recherche vise à éclairer les dynamiques relatives à un non-choix des formations initiales à l’enseignement. Elle s’inscrit ainsi dans une réflexion plus large sur l’attractivité de la profession enseignante et les processus sous-jacents au non-choix de telles études.