Cette communication propose de réfléchir aux « pratiques éditoriales hybrides » dans le milieu de la recherche et à la place de l’édition scientifique à l’ère dite « post-numérique ». Où se situe la créativité des chercheur.se.s souhaitant éditer leurs travaux sous des formes non conventionnelles, que l’on range aujourd’hui sous le qualificatif un flou d’« écritures alternatives de la recherche » (Aucagne 2022, Lemoine-Schonne & Watteaux 2024) ? Commissariat d’exposition, édition numérique, bande dessinée, écritures collectives, science participative, expressions performées du savoir, podcasts ou émissions de radio sont des expérimentations d’espaces de publication hors le livre ou hors la revue savante, qui empruntent à d’autres communautés d’écriture (par exemple, celles des artistes, des informaticiens) leurs formats et leurs outils. Parmi ces pistes, nous voudrions aborder la notion de commissariat d’une publication scientifique que nous avons ensemble élaborée à partir d’un cas concret sur lequel portera cette communication. « Commissarier le livre » est le titre de l’avant-propos qui ouvre la publication à la fois imprimée et numérique du collectif L’Acte d’image en littérature, que nous avons dirigé et édité aux Ateliers du Sens public en 2025 (https://ateliers.sens-public.org/). Dans ce texte, nous revenions sur le choix d’une publication hybride, imagée, aux textes courts et aux multiples parcours faits de mots marqueurs – un agencement particulier qui doit beaucoup au modèle heuristique du mur d’images que nous avons pratiqué et conceptualisé lors du colloque d’où est issu cette publication (https://projethandling.be/realisations/lacte-dimage-en-litterature-the-image-act-in-literature/). L’idée était, écrivions-nous, « d’explorer une forme d’écriture scientifique iconotextuelle, capable d’utiliser le même langage que les pratiques d’écriture intermédiales mobilisant le texte et l’image — et non plus seulement de les décrire, de les traduire ou de les paraphraser » et de mettre en place le « laboratoire d’une pensée scientifique qui prend l’image pour origine » (p. 9). Pour le colloque Quand la création s’empare de l’édition, nous proposons ainsi un retour synthétique et structuré sur notre expérience d’éditrices scientifiques d’un livre singulier qui prend le modèle de l’exposition comme horizon. Cette expérience, qui court de fin 2023 à mai 2025, sera détaillée de façon à montrer à quels niveaux peut se situer la créativité des chercheur.se.s en charge de l’activité éditoriale de leurs pairs : dans les choix relatifs à une chaine éditoriale en single source publishing, dans la mise en place de collaborations avec des artistes, dans une exploration graphique des données de la recherche, dans l’ouverture de cet espace éditorial aux artistes, etc. Cette communication qui montrera les potentialités curatoriales de l’édition scientifique, pourrait s’inscrire dans trois des axes identifiés par l’appel à communications : Matérialité et numérique ; Collaborations et réseaux et Présenter, exposer, éditorialiser.
Reverseau, A., & Monjour, S. (2025). « Commissarier les publications scientifiques : de l’édition à l’éditorialisation savante ». Quand la création s’empare de l’édition, Lille. https://hdl.handle.net/2078.5/270682