Les mouvements de certaines espèces animales sont discrets et les processus de changement dans la répartition géographique de ces espèces sont souvent mal documentés. L'objectif de ce travail est de développer une approche intégrative capable de suivre et prédire l'expansion d'une espèce insaisissable, c'est-à-dire difficilement observable. L'étude se focalise sur la loutre d'Europe (Lutra lutra, L.) dans le paysage de moyennes montagnes du Parc National des Cévennes (France). Des analyses statistiques de 15 années de recensement sur le terrain, une modélisation au moyen d'un Système d'information géographique (SIG) et des analyses génétiques 'non invasives' furent combinées afin de (1) optimiser la détection de l'espèce ; (2) définir un cadre pertinent d'analyse de données la concernant; (3) décrire sa chronologie de colonisation ; (4) obtenir des informations génétiques au sujet des colonisateurs ; et (5) prédire le processus spatial de colonisation. Les découvertes furent à la fois méthodologiques et propres à l'écologie de la loutre. En se basant sur des inventaires d'épreintes, c'est-à-dire des excréments de loutres, le long des cours d'eau, il fut démontré qu'un suivi sur une longue distance (> 5,5 km) ou sur de multiples courtes distances (par exemple 13 x 50 m) est nécessaire pour prédire la présence de la loutre avec 95% d'efficacité dans un bassin hydrographique au front d'une colonisation. La densité et la fréquence d'excrétion s'avérèrent être des indicateurs pertinents du processus d'installation. Une approche originale de modélisation valida l'utilisation de distances 'fonctionnelles' depuis les endroits où la loutre fut détectée pour prédire la présence de l'espèce là où elle ne le fut pas ; ce qui permit d'apporter certaines solutions au problème des 'fausses absences'. Au moyen de cette méthode, nous avons pu retracer une chronologie de colonisation à l'échelle de bassins, et estimer un taux moyen d'expansion de 10 km par an. L'extraction et l'analyse de l'ADN de loutre à partir d'épreintes furent utilisées comme unique technique permettant de mieux comprendre la dynamique de répartition de la population (succès d'amplification PCR : 73% ; fiabilité de génotypage : 98%; probabilité d'obtenir un génotype identique à partir d'individus frères et/ou soeurs: 0,6%). 70 individus furent génotypés, décrivant une population le long de 1650 km de rivières. Le sex-ratio fut de 57% en faveur des mâles. Les mouvements de certains individus furent observés jusqu'à 60 km. Deux groupes génétiques furent identifiés (Fst : 0,102), partiellement séparés par une ligne de partage des eaux. Des tests d'assignation démontrèrent que les rivières et les cols contenant des zones humides constituent des corridors de colonisation, tandis que les pentes raides (> 8° en moyenne) sont des barrières effectives. Cette approche multidisciplinaire s'avéra efficace dans la compréhension des mouvements d'une espèce animale à partir d'indices indirects de sa présence. Une telle approche devrait être utilisée dans des modèles de dynamique de population afin de prédire les changements spatiaux et temporels de distribution d'espèces insaisissables et vulnérables.
Affiliations
UCLouvainAGRO/MILA - Département des sciences du milieu et de l'aménagement du territoire
Citations
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Chicago
FWB
Janssens, X. (2006). Monitoring and predicting elusive species colonisation : application to the otter in the Cévennes National Park (France). https://hdl.handle.net/2078.5/98481