Altérée ou désintégrée ? L’intégrité des gendarmes en guerre
Campion, Jonas;Chevet, Emmanuel
(2013) Colloque international, « Normes et gouvernement de l’Antiquité à nos jours. L’intégrité : vertu, pratiques, atteintes » — Location: Dijon (20.June.2013)
La gendarmerie est une institution qui, par ses fonctions et son identité militaire, est l’incarnation d’une série de valeurs professionnelles comme l’intégrité, la probité ou la légalité. Constitutives de l’institution, celles-ci sont également portées par ses membres. Puisqu’incarnant à la fois l’État et la Nation sur l’ensemble du territoire, les gendarmes sont scrutés par tous, dans une logique de transparence de la chose publique face au public. À bien des égards, l’incarnation de ces valeurs est une construction. Elle aboutit à une image idéale de la gendarmerie, nécessaire à la légitimité de l’exercice de fonctions de police par les gendarmes. Cette nécessité s’observe par rapport aux populations contrôlées, par rapport aux autorités servies, mais aussi par rapport aux gendarmes eux-mêmes, qui doivent avoir le sentiment de l’importance de leurs missions ; de leurs qualités pour les mener à terme ; et de manière plus générale, de leur caractère d’élite. L’intégrité est fondamentale pour le gendarme, tant dans son action publique que dans sa vie privée. Qu’est-ce que l’intégrité du gendarme ? Légitimité ? Honneur ? Indépendance ? Légalisme à toute épreuve ? Le gendarme dégage en effet l’image du parfait soldat de la loi, « à cheval sur le règlement », incorruptible, inattaquable, irréprochable. À tel point, par exemple, que la prévarication est pointée du doigt en interne, comme le précise le cadre disciplinaire du corps. Pourtant, l’incarnation de l’intégrité des gendarmes dans leurs pratiques quotidiennes répond à des variations dans le temps et l’espace ; elle varie également selon des nécessités et des stratégies propres aux gendarmes et à leurs autorités. Malgré un discours mettant à la fois l’accent sur la permanence et l’inaltérabilité de cette valeur, sa signification est profondément historique. Aux accommodements raisonnables dans le quotidien, et qui donnent à voir un tout autre gendarme, un homme ordinaire, plus faillible, se greffent en période de troubles les conséquences d’un brouillage des normes sociales, par rapport au droit, à la violence, ou aux règles du vivre-ensemble. La Seconde Guerre mondiale et ses suites constituent une période charnière pour interroger la relation des gendarmes aux vertus constitutives de l’intégrité. La guerre multiplie les facteurs centrifuges et les facteurs de désintégration au sein de la gendarmerie. La défaite, puis l’Occupation et enfin la Libération, sont autant de périodes qui interrogent l’exercice de fonctions policières. Longtemps oublié, le caractère politique de l’exercice des fonctions de police réapparaît avec vigueur. Légalité et légitimité des pratiques se dissocient, obligeant les gendarmes à redéfinir leur qualités professionnelles et leurs relations à l’intégrité, tant dans leurs pratiques quotidiennes, que lors d’épisodes particuliers – comme les procédures épuratoires. Considérant cette problématique au prisme de trois terrains d’observations dont la comparaison est légitime et aisée (les cas des gendarmeries belge, française et néerlandaise), nous ambitionnons dans cette communication d’interroger, à l’aide des archives des gendarmeries ou de documents qui témoignent de leurs activités, le concept d’intégrité dans une logique de service de l’État et de régulation de ce dernier, en insistant à la fois sur ses composantes transnationales ; historiques ; et les tensions qui le traversent, entre la normalité et l’exceptionnel.
Campion, J., & Chevet, E. (2013). Altérée ou désintégrée ? L’intégrité des gendarmes en guerre. Colloque international, « Normes et gouvernement de l’Antiquité à nos jours. L’intégrité : vertu, pratiques, atteintes », Dijon. https://hdl.handle.net/2078.5/206169