Les limites et les définitions portant sur la réalité physique et culturelle des territoires font rarement consensus. Bruxelles constitue à ce titre un exemple paradigmatique des énoncés performatifs inhérents à la définition même d’une réalité spatiale : ses limites administratives au tracé conflictuel cristallisent les conflits culturels et territoriaux d’un État entier et, sous certains aspects, ceux d’un continent. Donner à voir la structure spatiale de cette agglomération demande pourtant de recourir à d’autres formes de circonscription – physiques, historiques, sociales, environnementales, etc. Aussi provocantes soient ces dernières, celles-ci n’en constituent pas moins des préalables à toute forme d’intervention concrète : sans le « fond de plan » qu’elles représentent, il est impossible de planifier ou de projeter le développement urbain. C’est bien là toute la difficulté car, contrairement à l’abstraction géographiquement située du social qu’est la frontière, ce fond de plan n’est pas unidimensionnel. Il est constitué d’une somme de représentations superposées, tantôt contradictoires, tantôt convergentes ; il est un palimpseste à partir duquel se projettent et interagissent de nombreux acteurs. Ce fond de plan n’est donc jamais purement objectif. Il est un support projectif qui oriente les discours portant sur les réalités territoriales et sociales ; les cadres, les échelles et les performatifs qu’il institue sont éminemment déterminants et discriminants. L’intervention exposera les résultats de la thèse de doctorat intitulée « Bruxelles comme palimpseste. Épistémologie d’une écologie » (INNOVIRIS PRFB 2009-2013, UCL LOCI en partenariat avec Bruxelles Environnement). Ce travail de recherche développe une connaissance opérationnelle de la « métropole diffuse » que représente le territoire belge. En particulier, il offre une description empirique et cartographique de Bruxelles eu égard à sa position spécifique au sein de cette configuration urbaine généralisée. Cette description de la capitale ne s’intéresse pas qu’à sa réalité physique – caractérisée par des types de sols, des flux et des usages ancrés in situ. Elle porte également sur la valeur symbolique et historique des territoires administrés – c’est-à-dire sur le rôle des frontières instituées dans la compréhension et la production des formes urbaines. En effet, si le développement durable est aujourd’hui défini à partir d’une compréhension « moderne » du fait urbain – où la ville est une réalité spatiale circonscrite qui se distingue des réalités physiques environnantes –, l’hypothèse est ici de montrer qu’un tel concept est insuffisant lorsqu’il s’agit de pointer les enjeux associés aux phénomènes de concurrence entre entités administrées. Par le biais de productions graphiques, de cartes, de photos, d’enquêtes de terrain et d’un travail d’archives, la thèse problématise ainsi quatre référents de la planification – les sols, les flux, les usages et les outils – à partir de quatre terrains empiriques : l’hydrogéologie du Socle Cambro-Silurien (sols) ; l’hydrographie du système Senne-canal (flux) ; l’écosystème de la forêt de Soignes (usages) ; la géographie institutionnelle de la métropole franco-belgo-néerlandaise (outils). En définitive, le regard que porte la thèse sur l’agglomération est donc davantage « anthropologique » que « géographique » : le traitement des questions écologiques et environnementales passe ici par une (re)présentation du social.
Roland, L. C. (2013). Bruxelles au sein de la métropole diffuse : Perspectives sur le paysage de la Belgique des Régions. Les midis de l’IRIB, Université Saint-Louis. https://hdl.handle.net/2078.5/200511