Le concept d'espace public, qui a servi à rendre compte de l'émergence d'un débat politique éclairé dans la société du XVIIIe siècle, et celui de société civile, qui, depuis Hegel et à travers une série de métamorphoses, était destiné à donner une interprétation correcte des rapports entre le champ de l'économique (au sens large) et celui du politique, semblent aujourd'hui recevoir une nouvelle vie. Pour saisir la signification de ce renouveau et en évaluer la validité, il faut — et ce sera notre premier point — en comprendre le contexte empirique et théorique. Dans un deuxième temps, nous illustrerons cette problématique en analysant le débat qui a opposé Habermas à Luhmann à propos de la théorie sociale, débat qui éclaire bien éclaire, y compris par ses insuffisances, les tentatives contemporaines de réinterprétation de la société qui visent à surmonter les apories de la théorie classique de la démocratie. Partant de ces insuffisances, nous tenterons ensuite de montrer en quoi une conception correcte de la pragmatique langagière permet de définir un concept de procéduralisation renouvelé. Celui-ci peut alors — comme nous l'indiquerons en fainel — fournir des pistes de réflexions pour définir les éléments constitutifs de ce que pourrait être l'espace public dans une société démocratique.
Lenoble, J., & Berten, A. (1992). L’espace public comme procédure. Raisons Pratiques : epistemologie, sociologie, theorie sociale, vol. 3: Pouvoir et légitimité, 83-108. https://hdl.handle.net/2078.5/79904 (Original work published 1992)