Bien que Jean Ladrière attache une grande importance à la critique kantienne de la raison, son projet philosophique le conduit à se démarquer sensiblement du kantisme politique, en particulier dans sa conception du rôle des institutions comme médiation éthique de la raison pratique. Cette démarcation est d'autant plus flagrante si on la met en perspective avec les positions de Rawls et de Habermas sur la question des droits humains. On s'aperçoit alors que les thèses de Ladrière permettent de prendre en compte les réquisits du pragmatisme rortyen contre l'universalisme moral, sans pour autant perdre l'exigence d'une forme de corrélation, dans l'action présente, entre la visée de solidarité et l'effort d'ajustement aux situations concrètes.
Maesschalck, M. (2001). Éthique et institution. Actualité de la pensée de Jean Ladrière pour une ‘éthique des droits humains’. Laval théologique et philosophique, 57, 447-468. https://doi.org/10.7202/401376ar (Original work published 2001)