Cette contribution porte sur une des questions fortes qui émergent dans les recherches autour de la décroissance, à savoir comment autolimiter les besoins et les désirs humains. Le problème n’est pas seulement pratique (comment limiter, réduire, la production et consommation des biens et des services) mais anthropologique, car il faudrait mettre en évidence que l’autolimitation des impulsions, des besoins et de désirs peut avoir effectivement lieu chez l’humain et qu’il ne s’agit pas seulement d’un souhait, d’une volonté bien intentionné mais naïve. Même s’il peut exister un accord large sur les ravages écologiques à l’échelle planétaire que le « paradigme croissantiste » produit, il ne va pas de soi que l’humain pourrait fonctionner autrement au niveau de la « logistique » de ses besoins. Le problème anthropologique posé doit donc passer par une réflexion critique de la psychologie des impulsions. Il s’agit de trouver un éclairage du fondement d’une autolimitation des impulsions chez l’humain qui ne soit pas hétéronome : la précarité des moyens, la soumission à une autorité ou un pouvoir qui contraindrait à la frugalité ou au renoncement, comme par exemple un forme d’expertocratie. Ces figures institutionnelles peuvent avoir un effet de limitation, sans aucun doute, mais ne relèvent pas d’une possibilité autonome, interne au sujet dans le rapport à ses besoins et ses désirs.
Garcia Peñafiel, M. (2016). Quelques réflexions à propos des ressorts psychologiques de l’autolimitation du désir et des besoins. Revue interdisciplinaire d’études juridiques, 77(2), 99-111. https://hdl.handle.net/2078.5/181363 (Original work published 2016)