L’irruption de la pensée décoloniale représente peut être l’un des tournants les plus importants dans les sciences humaines de ces dernières années.Actuellement, une intéressante diversité de productions au sein des institutions universitaires du monde entier s’engage dans une recherche autour de cette transformation géo-philosophique. Nous pensons que ce virage épistémologique ouvre une importante potentialité pour les sciences humaines au moment de faire face aux problématiques sociales contemporaines. Dans un contexte global où l’agenda politique des puissances mondiales est assailli par les débats autour de la «crise» des mouvements migratoires, les modalités de circulation des personnes et la redéfinition du statut des frontières nationales, il nous semble intéressant d’invoquer quelques éléments de la pensée décoloniale. Tout au long de ce travail nous nous consacrerons à la mise en question des coordonnées ontologiques qui rendent possible la notion occidentale de «frontière». Nous chercherons à élaborer cette contribution à partir de l’hypothèse que la pensée décoloniale implique une autre économie de la différence culturelle, qui ouvre la perspective d’une nouvelle conceptualisation des divisions géographiques, politiques, sociales, etc. Nous présenterons à mode d’exemple quelques éléments de la pensée du philosophe argentin Rodolfo Kusch qui participent du même questionnement des enjeux ontologiques de la pensée occidentale et qui montrent les implications éthiques et politiques de cette résignification des frontières culturelles.
Tangorra, M. (2017). Différence culturelle et frontière, une approche à partir de la pensée décoloniale: Le cas Rodolfo Kusch. Eikasia, 77(1), 327-343. https://hdl.handle.net/2078.5/25450 (Original work published 2017)