On ne peut plus se limiter à montrer que « le but des Anciens était le partage du pouvoir social entre tous les citoyens d’une même patrie », quand « le but des Modernes est la sécurité dans la jouissance privée » parce qu’ils « nomment liberté les garanties accordées par les institutions à ces jouissances ». Le capitalisme ultime implique d’ajouter à cela le fait que la liberté de l’Homme ultime, épilogue de l’Homme moderne d’après la fin de l’histoire, est de jouir des produits finis en évacuant l’historicité, la mémoire, les identités, les cultures et les subjectivités desdits produits, de ceux qui les produisent, de ceux qui les consomment et des institutions et structures qui en assurent la garantie. Alors que la liberté des Modernes, suivant Constant, confinait les Modernes au travail en laissant la sécurité humaine à l’État et la sécurité économique au marché, la liberté de l’Homme ultime est la mondialisation d’une « main invisible » où l’hypothèse d’atomicité réifie l’imaginaire de « la société des égaux » (Rosanvallon, 2011). D’où le fait qu’à travers son pouvoir d’achat, l’Homme ultime renforce la chrématistique au sens aristotélicien de ce terme, et fait l’expérience d’une monnaie dont l’expression gomme les identités, les histoires, les cultures et les mémoires.
Amougou, T. (2018). L’esprit du capitalisme ultime. Démocratie, marché et développement en mode kit (Presses Universitaires de Louvain, PUL). Thierry AMOUGOU. https://hdl.handle.net/2078.5/96358