(fr) La question de l’identité fait partie du vaste cortège d’interrogations qui hantent l’humain et vont de compagnie avec les sociétés depuis la nuit des temps. Notre époque, caractérisée plus que jamais par de multiples crises, voit revenir avec force un vif questionnement sur l’identité (du « soi » comme du « nous »). La question n’a pas fini de mobiliser aussi bien les individus que les communautés. Quand bien même on assiste, surtout dans les sciences dites « humaines », à une pléthore de discours et de publications sur le thème, il y a lieu de constater que la réalité de l’identité n’est toujours pas clairement énoncée et n’arrête pas d’entrer en crise. D’aucuns ont même annoncé la « mort » prochaine de l’homme, quant au sens. Notre thèse voudrait modestement contribuer au vaste débat actuel sur la question, par une relecture exploratoire du concept d’ « identité narrative » proposé au siècle dernier par le philosophe français Paul Ricœur. Ce concept constitue une de ses innovations les plus fécondes dont plusieurs disciplines scientifiques tentent actuellement de tirer bénéfice ( Que ce soit en sociologie, en psychologie (psychanalyse), en bioéthique, voire même en théologie biblique… ) Dans une démarche qui se voudrait à la fois diachronique et synchronique, thématique et interrogative, nous découvrons chez Paul Ricœur une revalorisation de la narration et du récit de soi en tant que facteur d’identification et du maintien de soi. Cette redécouverte de l’importance du récit s’inscrit dans un vaste projet ricoeurien d’une « poétique » postulée comme réplique à l’aporétique de l’identité. Compte tenu du caractère multidimensionnel de l’identité, nous optons pour les dimensions éthique et religieuse qui sont, nous semble-t-il, les plus manifestement représentatives d’une identité figurée narrativement, selon Paul Ricœur. Aussi, nous nous rendons compte que l’étude du récit a porté l’auteur de Temps et Récit à franchir les « frontières de la philosophie » afin d’aller négocier le statut du récit avec les autres sciences humaines. Notre thèse évoque surtout trois catégories de ces sciences : l’historiographie, le structuralisme et l’exégèse biblique. La conclusion de notre thèse fait un inventaire des limites du récit dans sa figuration de l’identité et constate chez Paul Ricœur, un remaniement méthodologique consistant au passage d’une herméneutique (du récit de soi) à une phénoménologie (de soi) en direction d’une ontologie (de soi) qui reste l’horizon et la « terre promise » de la philosophie ricoeurienne. Toute cette philosophie de l’identité est finalement un « appel » à une « attestation de soi » qui reste de l’ordre d’une réalité « promise » à l’espérance.
Paluku Tsongo, A. (2013). Poétique du récit aux frontières de la philosophien et figuration éthique et religieuse de l’identité chez Paul Ricoeur. https://hdl.handle.net/2078.5/49182