Pourquoi les arrêts Defrenne sont-ils restés orphelins ?Ou, pourquoi le Lobby Européen des Femmes n’a-t-il jamais déployé de stratégie d’activisme judiciaire?
L’objectif de cet article est de se pencher sur la question de savoir pourquoi, en dépit du précédent fructueux que représentent les arrêts Defrenne, le Lobby Européen des Femmes (LEF), le premier et, encore aujourd’hui, le principal groupe d’intérêt public européen en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes et la plus grande coalition d’organisations de femmes d’Europe, ne s’est-il pas appuyé sur l’activisme judiciaire pour développer les droits des femmes ? Pourquoi, si l’on se penche sur le répertoire et les modes d’action du LEF, les usages stratégiques du droit sont-ils absents ? Pourquoi ce non-investissement du registre juridique au niveau européen, alors-même qu’Eliane Vogel-Polsky a régulièrement collaboré avec le LEF ? Cette mise à distance des mobilisations juridiques et du recours stratégique au litige semble a priori d’autant plus paradoxale que le système politique européen est particulièrement favorable à ce type de mobilisations, y compris à l’usage du droit en tant qu’outil de promotion des droits. Pourtant, et c’est le pari sur lequel repose cet article, analyser un cas de non-recours au droit apparait comme une perspective qui peut être aussi intéressante que celle d’un cas de recours effectif au droit en tant qu’arme de promotion des droits. S’intéresser à ce que signifie ne pas se saisir du registre juridique permet de s’intéresser à ce que cette absence dit sur la façon de mener le combat en faveur de la cause des femmes au sein du système politique européen depuis une trentaine d’années et encore aujourd’hui.
Jacquot, S. (2020). Pourquoi les arrêts Defrenne sont-ils restés orphelins ?Ou, pourquoi le Lobby Européen des Femmes n’a-t-il jamais déployé de stratégie d’activisme judiciaire? e-legal, Revue de droit et de criminologie de l’ULB, 3(1), 1-24. https://hdl.handle.net/2078.5/169356 (Original work published 2020)