Ecologie appliquée de Rhynchophorus phoenicis Fabricius (Dryophthoridae : Coleoptera) : phénologie et optimisation des conditions d'élevage à Kisangani, R.D.Congo
(fr) Rhynchophorus phoenicis possède des larves de dernier stade qui sont couramment consommées et vendues sur les marchés africains à un prix relativement élevé, ce qui en fait un produit de luxe. Le but principal de ce travail était la mise au point d’un élevage de R. phoenicis à partir de coproduits agricoles afin d’accroître sa disponibilité, de diminuer son coût et de développer une activité économique d’élevage. Nous avons déterminé premièrement les espèces du genre Rhynchophorus présentes dans la région de Kisangani (RDC) et leur phénologie. Cinq types de pièges ont été testés: les pièges de type debout, de type abattu et 3 pièges bouteilles. Le piège du type debout a été concluant et utilisé pour collecter les individus. Sur les trois espèces de Rhynchophorus collectées, R. phoenicis était de loin la plus abondante et totalisait plus de 95 % des captures. R. ferrugineus, mentionné pour la première fois en Afrique centrale et R. quadrangulus ont été occasionnellement récoltées en très petits nombres. La majorité des individus récoltés de R. phoenicis étaient infestés par de nombreux acariens sous les élytres. Trois espèces ont été déterminée : Centrouropoda almeroida H&W. (1992), Uroobovella phoenicola K., T. et R. (2012) et U. marginata C.L. Koch (1839). Le statut phorétique des acariens reste à confirmer. Les femelles portent plus d’acariens que les mâles et elles possèdent aussi de plus longs élytres. R. phoenicis, a été choisie pour commencer des essais d’élevage. Celui-ci comprend 5 étapes : 1) le piégeage des adultes ou la récolte de cocons ; 2) La préparation des adultes pour la ponte; 3) l’extraction des oeufs ou de larves de premier stade ; 4) l’infestation du substrat à tester, 5) l’incubation et la récolte de larves de dernier stade. Trois types d’infestation ont été testés : les oeufs, les larves de premier stade et les adultes, ainsi que 6 substrats : la canne à sucre, le jeune et vieux stipe de palmier, deux diètes artificielles et le vieux stipe de Raphia déjà exploité. Le vieux stipe de Raphia produit en moyenne une centaine de larves de dernier stade par morceau de 50 cm de long, quantité de loin supérieure aux autres substrats d’élevage. Le jeune stipe permet une croissance rapide des larves pour atteindre le dernier stade (14-21 jours), mais produit moins que le Raphia. Nous avons ensuite déterminé la fécondité des femelles et le taux d’éclosion des oeufs sur 3 substrats de ponte (Saccharum officinarum L., Pennisetum sp L. et la base de rachi du palme du palmier à huile). La canne à sucre est le meilleur substrat de ponte. Nous avons déterminé le rôle de la présence du mâle dans l’expression de la fécondité en utilisant des adultes émergés de cocons récoltés en forêt ou ceux produits au laboratoire dans 3 situations : 1) des couples composés des partenaires durant toute la durée de leur vie, 2) des femelles en présence de mâles pendant 48 heures et 3) pendant 24 heures. Les femelles du premier groupe ont pondu un nombre élevé d’oeufs avec un taux d’éclosion de 50 %. Les femelles de 48 heures ont donné un nombre d’oeufs faible mais avec un taux d’éclosion légèrement supérieur à 50 %. Enfin, celles de 24 heures produisent un nombre encore faible d’oeufs et leur taux d’éclosion a été autour de 70 %. Le ratio entre le nombre d’oeufs pondus et le nombre d’adultes obtenus en fin de développement par la femelle de R. phoenicis a été déterminé sur deux substrats d’élevage, la canne à sucre et le jeune stipe de palmier à huile. Nous avons obtenu 11 et 25 % de la totalité de la ponte, respectivement à partir des adultes piégés et ceux issus de cocons récoltés sur le stipe de palmier. Les mesures morphométriques sur les individus élevés ont montré que ceux élevés sur jeune stipe de palmier sont supérieurs à ceux issus de la canne à sucre sur la majorité des paramètres étudiés.