Objet(s) d’étude Notre contribution s’inscrit dans le domaine des recherches portant sur le lien entre la structuration prosodique et l’organisation du discours. Il est en effet bien établi que la prosodie contribue à faire percevoir la structuration des discours oraux, en combinaison avec d’autres éléments tels que les marqueurs discursifs (pourtant, alors, en effet,…), la syntaxe, le sens lexical etc. De nombreuses recherches se sont intéressées à l’étude du lien entre la prosodie et la structure des discours oraux. Ainsi, l’on relève dans la littérature des études portant sur la prosodie des relations discursives (Kleinhans et al., 2017; Murray, Taboada, & Renals, 2006), le lien entre la prosodie et la syntaxe (Avanzi, 2012 par ex.) ou encore la manière dont la prosodie permet de désambiguïser certains regroupements (Snedeker & Trueswell, 2003; Tyler, 2014). Du côté des marqueurs discursifs, la prosodie a surtout été étudiée dans l’objectif de différencier les unités à usage littéral de celles à usage discursif (Bali, 2009; Horne et al., 1999). En revanche, peu de recherches ont eu pour objectif d’investiguer la réalisation prosodique des marqueurs discursifs en fonction de la relation discursive qu’ils véhiculent, et leur utilisation par les auditeurs dans le processus d’interprétation des relations de discours. C’est justement dans ce cadre que s’inscrit notre proposition de communication. Problématique La présente étude porte sur la prosodie de deux marqueurs discursifs en français, et et alors, et plus précisément sur la contribution de ces éléments à l’interprétation de la relation entre la séquence qu’ils introduisent et ce qui précède, dans le contexte. Il s’agit de faire varier la réalisation prosodique desdits marqueurs ainsi que de leur environnement immédiat et de déterminer, à l’aide d’une étude perceptive, leur rôle dans l’identification des relations discursives. À l’aide de stimuli enregistrés par nos soins, une étude perceptive est menée auprès d’un public constitué d’auditeurs naïfs. Hypothèse(s) de recherche Nous supposons que la prosodie des marqueurs discursifs peut aider l’auditeur à projeter une relation discursive qui sera celle actualisée par la suite de l’énoncé. En d’autres termes, nous émettons l’hypothèse que certains paramètres prosodiques des marqueurs discursifs tels que la courbe intonative, le décrochage mélodique ou encore les pauses silencieuses entourant les MDs peuvent contribuer à ce que la séquence S1 – MD soit perçue par les auditeurs comme annonçant une certaine relation discursive. Ainsi, ces paramètres modifieraient l’attente que le locuteur aurait eue s’il n’avait pas accès à ces paramètres prosodiques (par exemple si la séquence S1 – MD avait été présentée à l’écrit). Principal/aux objectif(s) L’objectif de cette étude est de s’intéresser à la manière dont la prosodie peut contribuer à l’identification des relations discursives dans des séquences S1 – marqueur discursif (alors / et) – S2. Cadre(s) théorique(s) Du point de vue de la production, les études menées sur la problématique des corrélats prosodiques de marqueurs discursifs ont permis de montrer que les patrons de mouvements de f0 sur lesdits marqueurs pouvaient jouer un rôle important dans l’encodage des fonctions discursives. Ainsi, Bali (2009) montre que le mot hã (« oui » en Hindi) n’était pas prononcé avec les mêmes mouvements de f0 en position de backchannel, d’interjection ou encore de signification littérale. En suédois, le mot men (« mais / et / donc ») n’avait pas le même comportement en termes de décrochage mélodique selon qu’il était utilisé en tant que marqueur discursif ou en tant que simple conjonction (Horne et al., 1999). De plus, selon la même étude, la durée absolue du mot serait plus importante lorsque ce dernier est utilisé en tant que marqueur discursif comparé aux conjonctions (idem). Quant aux corrélats prosodiques des relations discursives, la littérature laisse penser que certaines caractéristiques telles que la durée, le débit de parole, la présence et la durée des pauses ou encore les mouvements mélodiques pourraient contribuer à la distinction entre différentes relations du discours et ce, même en l’absence de MD (Kleinhans et al., 2017; Murray et al., 2006). Au niveau perceptif, Gravano et al. (2007) montrent par exemple que l’intonation finale de l’item okay constitue un indice important dans la classification par des sujets naïfs de ce même item et ce, aussi bien en condition isolée qu’en condition contextualisée. L’étude présentée fait partie d’un projet de recherche visant à mieux comprendre le rôle joué par la prosodie dans l’interprétation du discours (MIS PhraDiCo, porteur : Anne Catherine Simon).
Didirkova, I., Crible, L., & Simon, A.-C. (2018). Contribution de la prosodie à l’identification des relations discursives. Une étude perceptive. Perception en Langue et en Discours, Université d’Opole (Pologne). https://hdl.handle.net/2078.5/127768