La figure du jésuite traverse le XIXe siècle sous la plume de nombreux auteurs – qu’ils soient eux-mêmes jésuites ou laïcs, ecclésiastiques, jansénistes, antijésuites, anticléricaux. Si d’autres auteurs ont déjà exploré le rôle de la dimension sexuée dans les polémiques entre cléricaux et anticléricaux, il reste encore à réfléchir la manière dont se construisent et s’articulent les modèles de masculinité sacerdotale pour les jésuites, cibles privilégiées des attaques contre l’Église. En partant de sources écrites par les jésuites, cette contribution détaille non pas la masculinité du jésuite efféminé décrit par la littérature, mais plutôt celle proposée par les supérieurs jésuites dans leur correspondance au début du XIXe siècle. En quoi cette masculinité varie-t-elle de la masculinité sacerdotale, ou ecclésiastique – si tant est qu’une telle notion ait été définie ? La disparité du vocabulaire utilisé par les chercheurs (masculinités ecclésiastique, sacerdotale, cléricale, etc.) ne fait qu’obscurcir le tableau. Par leur place importante dans le paysage religieux français de cette première moitié du XIXe siècle, les jésuites permettent de penser les masculinités sacerdotales dont ils sont à la fois proches et distants.
Barthélemy, S. (2023). La Compagnie restaurée. Masculinités jésuites en France dans le premier XIXe siècle. In Jean-Pascal Gay, Silvia Mostaccio, Josselin Tricou (eds) (ed.), Masculinités sacerdotales (p. p. 87-105). Brepols. https://doi.org/10.1484/M.BRHE-EB.5.118008