Marcel Moreau est venu neutraliser par son œuvre hétérogène et hétérodoxe le rapport de force qui peut exister entre littérature et philosophie, en ne cessant d’allier pensée et investigation poétique. Christophe Van Rossom, dans l’ouvrage (2004) qu’il a consacré à cet auteur, le présente d’ailleurs comme un « écrivain-penseur ». Son œuvre, qui se situe à la croisée de différents genres, formes et "disciplines", échappe en effet à l’espace des taxinomies génériques. Aussi, en proposant un espace intermédiaire entre la littérature et la philosophie, Moreau, « penseur barbare », permet de reconsidérer leur lien et d’activer une interaction, une transversalité, entre leurs dynamiques propres. L’écrivain belge, qui se présente comme un MISOSOPHE, a ainsi promu une « philosophie en marge des philosophies […] convulsive et radieuse », une « philosophie en instance de sang », marquée par la valorisation de l’instinct. Celle-ci se voit portée et alimentée par son ancrage poétique, par une écriture « rageusement vitale », tumultueuse, humorale, organique : la LINGUA IMPETUOSA, cette langue « libre », évoquée dans /Une philosophie à coups de rein/, qui « surgit, comme un diable, syntaxe au vent et grammaire de même » venant « ébranler sur son passage la force bétonnante des lieux communs et des idées reçues ».
Lahouste, C. (2016). La pensée poétique de Marcel Moreau, entre misosophie et lingua impetuosa. Littérature et Philosophie : enjeux et limites d’un rapport de force, Paris. https://hdl.handle.net/2078.5/183766