Les systèmes bimétalliques sont des régimes monétaires fortement décentralisés, au sein desquels les métaux de référence (bronze et argent en Grèce hellénistique; argent et or en France républicaine et impériale) sont à la fois des vecteurs privilégiés pour régler les transactions économiques et des marchandises utilisées dans l’artisanat et l’industrie, importables et exportables, dont la valeur intrinsèque est fixée par la loi fondamentale de l’offre et de la demande. Ces métaux, majoritairement détenus par les acteurs du système, circulent et s’échangent facilement. Le rôle de l’État, réduit mais essentiel, se borne à établir et faire observer les règles du jeu économique, notamment en déterminant la norme pondérale et le titre des métaux qui serviront d’instruments monétaires, en fixant un ratio métallique légal qui soit compatible avec les réalités du marché, et en garantissant, par l’apposition d’une marque reconnue et acceptée par tous, la qualité de ces instruments monétaires: de fait, puisque toute monnaie, même entièrement composée de métal précieux, est par nature fiduciaire, l’autorité émettrice doit susciter et mériter la confiance des utilisateurs. Le marché pourvoit à tout le reste, en exerçant une régulation remarquable: au moindre déséquilibre entre le ratio commercial et le ratio officiel, un processus de feed-back complexe engendre un nouvel équilibre qui, sauf bouleversement majeur, s’établit normalement aux alentours du ratio officiel et s’étend même, par un jeu d’arbitrages internationaux, aux économies monométalliques corrélées à l’économie bimétallique.
Doyen, C. (2013). Du bimétallisme hellénistique au bimétallisme mondial. La Revue Générale, 149(10), 37-51. https://hdl.handle.net/2078.5/60277 (Original work published 2013)