Chiara Nannicini (Université Saint-Louis, Bruxelles) La question très débattue du témoignage de déportation, et souvent celle du témoignage en général, impliquent la figure même du témoin, qui se fait conteur, narrateur, écrivain, journaliste ou sujet interviewé, selon les cas. L'identité du témoin surplombe l'acte même de témoigner, car c'est lui/elle qui prend l'initiative de passer le message, de le mettre sur papier ou de le faire revivre devant une assemblée, de l'enregistrer, de le graver, afin que les autres sachent. Le message consiste en une évocation du passé, une reconstruction narrative des événements vécus et endurés en première personne - d'où les relations très étroites de ce genre avec celui de l'autobiographie - mais aussi en une évocation des événements vécus et endurés par la personne comme membre d'une communauté entière - d'où les termes de chronique ou de témoignage collectif. Lorsque le témoignage individuel donne une place très importante à l'expérience d'autrui, il peut atteindre une forme hybride, une sorte de témoignage indirect, ou de témoignage par procuration. Or, si la question du témoin-conteur, celui qui dit " je ", reste au centre des débats dans la bibliographie critique sur les témoignages autobiographiques des camps , la question du témoignage indirect, en revanche, l'a été en moindre partie. L'article s'interroge sur la question, en prenant le cas spécifique de Teresio Olivelli, journaliste catholique déporté et assassiné dans le camp de Flossenbürg/Hersbruck. Ses camarades ayant survécu se souviennent de son message humain et généreux, et le transmettent dans leurs récits écrits ou dans leurs témoignages oraux: d'où le concept de "double témoignage".
Nannicini, C. (2017). Le double témoignage. Le message d’Olivelli dans les récits des camps. In Charles Coutel (dir) (ed.), Témoigner entre acte et parole. Une herméneutique du témoignage est-elle possible?g (Parole et Silence, p. p. 123-138). Parole et Silence. https://hdl.handle.net/2078.5/172235