Notre démarche se revendique d’une double originalité. Sur la forme, l’entrecroisement de la photographie, de la littérature, de la biographie et de l’anthropologie rend la densité des parcours. Sur le fond, en Belgique, même si les travaux se multiplient ces dernières années, peu d’écrits se penchent sur les migrations et la diaspora subsahariennes, et moins encore sur l’afropéanité, résultat de plus de 500 ans d’histoires partagées, sur l’Europe noire passée, présente et à venir (Hine et al., 2009). Par ailleurs, peu de recherches sont consacrées à la situation des femmes, et moins encore sous l’angle des parcours de réussite. Réussite ici définie, je le rappelle, dans un sens à la fois vaste et précis, celui de la satisfaction exprimée par ces femmes quant à leur parcours de vie, quant à leurs rêves et ambitions, malgré et au-delà des embûches et des violences. L’idée de réussite est donc reliée à celle de reconnaissance, telle que définie par Ricœur (2004), pour qui cette notion est pensée en termes de parcours et se joue à trois niveaux distincts mais indissociables : se reconnaître (les lieux d’estime de soi), être reconnu (les conditions d’une existence digne) et être reconnaissant (être en posture de contre-don). Pour Ricœur, les trois niveaux doivent être possibles pour exister pleinement en tant qu’humain.
Mazzocchetti, J. (2016). Métissages euro-africains et parcours de reconnaissance. In MAZZOCCHETTI Jacinthe, NYATANYI BIYIHA Marie-Pierre (ed.), PluriElles. Femmes de la diaspora africaine (p. p. 184). Karthala. https://hdl.handle.net/2078.5/173285