Cette contribution repose sur une étude ethnographique menée en contexte politique à l’échelon municipal, pour analyser la conception et la mise en œuvre des différentes composantes (discursives, comportementales, spatio-temporelles, etc.) des dispositifs participatifs institutionnels. L’objectif est de comprendre les raisons pour lesquelles ces derniers éprouvent tant de difficultés à réunir spontanément des profils plus éloignés de la participation. Est alors mobilisée la théorie du dispositif selon Michel Foucault, et plus spécifiquement les notions de normes, de savoirs et de pouvoir, pour démontrer en quoi l’agencement d’un dispositif participatif est capable d’induire un ensemble de savoirs et codes de conduite normatifs qui, lorsqu’ils ne sont pas maîtrisés, sont source d’exclusion des relations de pouvoir. En d’autres termes, seuls les participants les plus à l’aise avec les savoirs légitimés sont en mesure d’entrer dans le jeu de pouvoir et dans l’acte de résistance face aux responsables politiques. Notre terrain met ainsi au jour trois obstacles menant à la non-inclusion des profils plus éloignés de la participation : (1) un panel de compétences techniques et/ou sectorielles nécessaires pour suivre le mode opératoire de la participation, (2) un prérequis de statut (expert, représentant de collectifs) pour rejoindre le dispositif, et (3) le choix du lieu de rencontre (plus ou moins politisé), de l’heure (en journée/soirée) et de l’agencement de la pièce (tables rondes vs tribune face à une assemblée), dont la symbolique traduit la volonté de faciliter ou non la participation de tou.te.s.
Amand, L. (2022). ‘‘Ce sont toujours les mêmes qui participent’’ : la norme selon Foucault dans les dispositifs participatifs institutionnels. Quaderni. Published. https://hdl.handle.net/2078.5/107700 (Original work published 2022)