La phraséologie, discipline linguistique autonome ou intégrée ? Arguments constructivistes et fondés sur les corpus

(2017) Colloque international “La Phraséologie française : débats théoriques et dimensions appliquées” — Location: Université d’Artois, Arras (21.September.2017)

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La phraséologie est souvent critiquée pour la confusion terminologique qui la caractérise. Ainsi, son objet d’étude peut se voir qualifier de figements, phraséologismes, unités phraséologiques, expressions idiomatiques, collocations etc. Ce léger flou théorique lui permet toutefois de se hisser au rang des disciplines linguistiques les plus étudiées aujourd’hui, puisqu’elle intervient (au moins) dans deux courants linguistiques majeurs de la recherche actuelle : la linguistique de corpus et la linguistique cognitive (y compris la grammaire cognitive et les différentes grammaires des constructions). Notons que la phraséologie française (et francophone) a largement contribué à faire progresser la réflexion théorique et les applications pratiques de la phraséologie. Même si toutes les langues méritent la même attention des chercheurs en linguistique, les langues européennes, au passé complexe et riche d’influences diverses, offrent des ressources particulièrement riches pour tester les hypothèses phraséologiques. Il convient toutefois de ne pas perdre de vue la typologie des langues, et d’examiner la phraséologie d’autres langues géographiquement proches (turc, arabe) ou très distantes (langues d’Asie). La phraséologie se situe à un tournant : doit-elle s’ériger en théorie générale (du langage) ou rester, comme aujourd’hui, compatible avec plusieurs modèles théoriques? La question est d’autant plus d’actualité que l’une des théories linguistiques les plus largement diffusées aujourd’hui, qualifiée par A. Goldberg (2013) d’approche constructiviste (grammaire cognitive, grammaires des constructions) trouve précisément son origine dans la phraséologie. Nous tenterons de montrer que la phraséologie française, largement utilisée par l’approche constructiviste (Saussure, Bailly, Tesnière) pourrait permettre de compléter l’approche constructiviste et la linguistique de corpus par un éclairage à la fois théorique et pratique. Tout d’abord, l’hypothèse d’une triple articulation du langage (Mejri 2006) rejoint en partie et complète l’approche théorique des constructions. Il en va de même pour les notions de figement et de fixité (Mejri 2008). En outre, les recherches de phraséologie contrastive ont permis de mettre en lumière une dimension trop souvent ignorée par les grammaires des constructions et la linguistique de corpus : la composante culturelle et son interaction complexe avec la psycholinguistique et la sociolinguistique. Enfin, la phraséologie appliquée aux corpus met l’accent sur les aspects probabilistes des combinaisons syntaxiques. Même si ce point est mentionné par l’approche constructiviste, et a fait l’objet de nombreuses recherches en linguistique de corpus, la phraséologie permet d’élaborer progressivement ce chaînon manquant qui relie les réseaux de constructions. Nous tenterons de l’illustrer par les constructions françaises de type [ADJ comme ADJ/ADV/PRO] : marrant comme souvent, mignon comme tout, sapés comme jamais, etc.
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Colson, J.-P. (2017). La phraséologie, discipline linguistique autonome ou intégrée ? Arguments constructivistes et fondés sur les corpus. Colloque international “La Phraséologie française : débats théoriques et dimensions appliquées”, Université d’Artois, Arras. https://hdl.handle.net/2078.5/175454