Subjectivités meurtrières : l’éthique barbare du monde mathématisé du Big Data

Deprins, Dominique
(2015) FANATISME ET DOGMATISME, XXVè Séminaire du CEDEP (Comité Européen Droit, Ethique & Psychiatrie) — Location: Institut de Théologie, Paris (23.May.2015)

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  • Deprins, DominiqueUSL-B
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C’est d’une variation un peu particulière sur les « Subjectivités meurtrières » dont il sera question puisqu’il s’agira de les interroger à partir de ce qui est propre au monde globalisé et mathématisé des data qui est le nôtre. Parler de subjectivité, c’est faire référence à un sujet ; un sujet confronté à l’ignorance et à l’incertitude, qui s’émanciperait en s’éprouvant dans le monde des data, y rencontrant ses propres limites par l‘expérience. Dès lors on pourrait penser que dans « Subjectivités meurtrières », il y aurait un paradoxe, à ceci près, que le paradoxe n’étant pas une contradiction mais plutôt une façon de la déjouer, il – le paradoxe, donc - permettrait un dépassement de cette contradiction, sans pour autant l’abolir ni la reconduire telle quelle. Pour le dire autrement de façon métaphorique, si le jour et la nuit - la lumière et les ténèbres, puisqu’il est question de fanatisme - étaient les antonymes d’une contradiction, ils s’opposeraient de façon stérile en ce sens que tout ce qui ne serait pas à mettre d’un côté, serait, d’un seul et même geste, à mettre de l’autre côté dans une vision parfaitement manichéenne du bien et du mal. En revanche, nouer le jour à la nuit - ou la lumière aux ténèbres – dans une tension que rien ne peut résoudre de façon telle que l’on puisse s’interroger sur ce que le jour doit à la nuit, ou en quoi la lumière sourde des ténèbres, en ferait de fait un paradoxe. Il n’y a, dans « Subjectivités meurtrières », ni paradoxe, ni contradiction ; ni un paradoxe qui permettrait par une dialectique ascendante de penser que l’on pourrait conclure une certaine subjectivité d’un meurtre, ni une aporie qui opposerait tout simplement un sujet à la possibilité même d’un meurtre en vertu d’un principe de non-contradiction; ce n’est de toute évidence pas ce que suggère cette locution « Subjectivités meurtrières ». En revanche, il y a dans « Subjectivités meurtrières », une façon absolument contemporaine de conjuguer les antonymes et par là, de comprendre la fanatisme de notre monde globalisé à l’âge des Big Data. Le monde des Big Data s'affranchit du probable auquel appartient de plein pied le paradoxe. Mais de quoi, le monde des Big Data, s'affranchit-il au juste en s'affranchissant du probable? En tous les cas, pas de la probabilité. Aujourd'hui, la probabilité est au cœur des débats éthiques, scientifiques et technologiques autour de la question du risque et de l'incertitude. Par les nouvelles technologies, la probabilité est plus que jamais "le guide de notre vie" comme le disait déjà l'évêque anglican Joseph Butler au XVIIIème siècle, et en même temps, grâce aux algorithmes auto-apprenants qui fouillent les Big Data, elle offre une prédiction du futur aussi réjouissante qu'inquiétante dès lors qu'elle se révèle pouvoir être une forme très subtile, et peut-être finalement définitive, d'enfermement. Le fanatisme comporte également une dimension d’affranchissement, de libération de toute honte et de tout remords ; et même, une dimension de joie et de consolation qui permettent, avec un zèle aveugle et passionné, de commettre des actions ridicules, injustes, et cruelles. Ceci est, à quelques mots près, la définition que l’on trouve dans L’Encyclopédie éditée sous la direction de Diderot et d’Alembert, de 1751 à 1772 . Et D. Hume d’ajouter à la même époque que « le fanatique […] se consacre lui-même ; et [n’a] pas besoin de médiateur pour aller à Dieu » . Si le fanatique se consacre lui-même, il se revêt lui-même d’un caractère sacré ; le sacré, c’est ce qui va de l’extase à la fureur. On le voit, le fanatisme a toujours existé ; la question est plutôt de s’interroger sur son retour dans des formes et selon une violence que le monde occidental pensait peut-être révolues. Ce que je voudrais montrer, c’est qu’il y a une logique propre au monde des data qui est en rupture avec celle du probable ; une logique tout à fait nouvelle, inédite, qui assigne « un accès au monde sans langage » et qui ouvre par là une voie royale au réel – cet impossible à supporter –, quand il n’y a plus d’autre côté au miroir.
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Deprins, D. (2015). Subjectivités meurtrières : l’éthique barbare du monde mathématisé du Big Data. FANATISME ET DOGMATISME, XXVè Séminaire du CEDEP (Comité Européen Droit, Ethique & Psychiatrie), Institut de Théologie, Paris. https://hdl.handle.net/2078.5/259575