N’est-ce pas étonnant que la Critique sociale au XXe siècle dont a pu nous parler Michael Walzer est représentée dans son ouvrage par dix hommes et une femme, huit européens dont quatre Français et deux Italiens, un seul africain (blanc d’Afrique du Sud) ? Personne d’Amérique latine et centrale, personne d’Asie. On comprend que l’auteur nous rappelle en introduction le tri aléatoire dont il est parti. Mais ce tri aléatoire est peut-être plus significatif qu’il n’en a l’air. Il est peut-être une question de la part de l’autre que la critique sociale du XXe siècle n’est pas parvenue à identifier et à traiter. S’agit-il de la question de son caractère « genré », de celle de son ethnocentrisme, ou aussi de celle de ses conditions mêmes de production, conditions qui la poseraient inconsciemment en sous-produit d’une division des tâches entre métropole et périphérie, entre savants et illettrés, une division qu’elle tiendrait pour une nécessité matérielle, sans parvenir à la mettre en question épistémologiquement ?