D’une politique institutionnelle aux destins individuels : le temps long de l’épuration des gendarmeries après la Seconde Guerre mondiale (Belgique, France, Pays-Bas)

Campion, Jonas
(2013) L’après-épuration: réintégrer les fonctionnaires après une rupture politique (Europe, XIXe-XXe siècles) (Atelier de l’ENS) — Location: Paris, ENS (30.May.2013)

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  • Campion, JonasUCLouvain
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Puisqu’ils sont restés en territoires occupés durant la Seconde Guerre mondiale, aux ordres d’autorités collaboratrices et des autorités allemandes, les gendarmes sont, en Europe de l’Ouest, soumis à des procédures épuratoires. Celles-ci ont pour but de définir, a posteriori, les comportements légitimes et de réaffirmer les valeurs professionnelles, sociales ou patriotiques attendues des soldats de la loi. Couplé à des procédures judiciaires, ce moment constitue un moment de crise au sein d’institutions désorganisées. L’épuration remet en cause les valeurs constitutives des institutions de police et attaque leurs membres dans leurs certitudes. Massives, les procédures ouvertes traversent l’ensemble des unités et des hiérarchies, témoignant du déficit de légitimité dont elles jouissent dans les sociétés libérées. L’instruction des affaires, puis les sanctions prononcées par les commissions et les autorités politiques nuancent quelque peu le processus. La séquence épuratoire est longue, puisque menant ses premières étapes (la sanction initiale) jusqu’en 1947-1948 au moins. Une seconde vague d’épuration tend ensuite à multiplier les procédures d’appel, l’adaptation des sanctions ou le nouvel examen des dossiers instruits, notamment pour réintégrer ou définitivement exclure les personnels. Dans une perspective transnationale, l’appréhension des réalités épuratoires au prisme de trois terrains d’observation (les gendarmeries belge, française et la Koninklijke Marechaussee néerlandaise) éclaire les facteurs nationaux (expériences d’occupation, nature du pouvoir en territoires libérés, tradition politique et administrative,…) et professionnels, propres à ce corps particulier – force nationale et militaire de police, en charge de missions prévôtales, de police administrative et judiciaire – dans un contexte inédit. L’épuration interne des gendarmeries, dans ses deux temps, est au carrefour d’une tradition disciplinaire militaire, des efforts de formalisation et de professionnalisation de la fonction publique durant l’entre-deux-guerres, et de l’exceptionnel induit par l’occupation vécue. *** Entre mesures globales, destinées à garantir la continuité de présence des gendarmes et à répondre aux nécessités d’ordre, et destins individuels des gendarmes incriminés, le temps long de l’épuration mérite toute notre attention. Au-delà de l’urgence épuratoire, telle qu’apparue à l’automne 1944, se dessine en effet une gestion politique et administrative des sanctions prononcées, entre l’individu et l’institution, entre l’exclusion et la réintégration. En Belgique, en France et aux Pays-Bas, face aux enjeux sociopolitiques de la seconde moitié des années 1940, comment sont gérés les processus inhérents à ce second temps de l’épuration, en termes collectifs mais aussi personnels ? Dans cette contribution, nous nous intéressons tant au destin des gendarmes dont la sanction est amoindrie ou annulée dans une optique de réintégration, qu’aux gendarmes, maintenant aux marges des institutions, dont les sanctions sont maintenues lors de cet après-épuration. À l’aide des dossiers épuratoires des gendarmes de ces trois pays (parcours individuels et collectifs), d’archives administratives et témoignant de la vie politique (mesures institutionnelles), nous éclairons ces processus pour comprendre a) les modalités et temporalités, b) les causes et conséquences, c) la postérité, notamment identitaire et mémorielle dans et autour des cercles gendarmiques, des mesures liées à l’après-épuration. Nous nous proposons d’alterner, à partir des trois pays considérés, tendances de fonds, destins et exemples individuels (tant pour le cadre officier que pour la troupe) et portraits de groupes face à cette réalité largement méconnue . Au-delà des spécificités nationales, nous nous intéressons ainsi à l’impact du caractère militaire des gendarmes dans un processus à la fois hiérarchique ; politique car exceptionnel ; civil ; en partie judiciarisé (notamment par le recours au contentieux administratif). De cette façon, outre l’aspect comparatif transnational, nous ouvrons la porte à des comparaisons fertiles avec d’autres corps de fonctionnaires.
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Campion, J. (2013). D’une politique institutionnelle aux destins individuels : le temps long de l’épuration des gendarmeries après la Seconde Guerre mondiale (Belgique, France, Pays-Bas). L’après-épuration: réintégrer les fonctionnaires après une rupture politique (Europe, XIXe-XXe siècles) (Atelier de l’ENS), Paris, ENS. https://hdl.handle.net/2078.5/207747