La probabilité est au cœur des débats contemporains autour de la maîtrise de l’incertain et du risque. La question du risque et de son évaluation a largement dépassé ses enceintes originelles - juridique, médicale, assurantielle et industrielle - pour s’instiller peu à peu dans tous les domaines de la vie, de la sphère publique jusqu’au niveau le plus intime de la sphère privée. La logique de précaution, qui est présente dans tous les débats scientifiques, technologiques et éthiques d’aujourd’hui, se nourrit, au bout du compte, d’illusions : celle du risque « zéro » et, par là, celle du savoir absolu. Le calcul des probabilités est dès lors devenu central dans le gouvernement de l’incertain, désormais placé sous la focale du paradigme de précaution et de son principe éponyme. Quelle est cette probabilité omniprésente aujourd’hui ? Y aurait-t-il méprise sur la probabilité inaugurée, dans l’indifférence générale, par Pascal, en 1654, lorsque le calcul des probabilités s’appelait la « géométrie du hasard » ? Il s’agira dans cet article de questionner l’héritage probabiliste et ses écueils pour l’homme de la précaution, et notamment de s’interroger sur le rôle que joue la probabilité en ces temps d'incertitude.
Deprins, D. (2010). Probabilité et incertitude. Annales des Mines - Responsabilité et environnement, 2010/1(57), 22-31. https://hdl.handle.net/2078.5/208130 (Original work published 2010)