L'éthique appliquée a aujourd'hui une reconnaissance croissante en tant que domaine de réflexion et de problématisation philosophique autonome. En tant qu'éthique pratique, celle-ci a déjà montré toute sa pertinence que ce soit dans le domaine des affaires, de la santé ou de l'environnement. Il n'y a qu'à voir le nombre croissant de « comité d'éthique » dans les entreprises et les hôpitaux ainsi que de « centre d'éthique appliquée » dans les institutions académiques pour appréhender ce « nouveau » souci pratique de la philosophie. Néanmoins, malgré sa croissance fulgurante, un tel domaine n'est pas tout à fait autosuffisant, du moins d'un point de vue conceptuel. Son autonomie n'est qu'apparente au sens où ce domaine dépend des autres branches de la philosophie pour donner réponse à des questions théoriques ne pouvant être ignorées dans le traitement pratique de problématiques éthiques. Parmi ces questions, la plus urgente, mais aussi la plus générale, est sans nul doute celle qui consiste à se demander comment appliquer adéquatement des normes à un cas concret. Quelle démarche justificative devons-nous mettre de l'avant lors de l'application normative? Quelles sont les conditions de possibilité d'une décision adéquate? Bref, quelle métaéthique pour l'éthique appliquée?