Frantz Fanon et Achille Mbembe, tous deux ancrés dans leur époque respective, ont en commun de donner les mots à même de nous permettre d'identifier la colonialité là où elle apparaît ; là où se poursuit le travail de clivage et d'assujettissement à partir de la racialisation hiérarchisée de l'humanité. C’est d’une certaine forme contemporaine de la colonialité que va parler ce texte. Je mobiliserai, pour ce faire, une part de mon ethnographie consacrée aux milieux de l’alphabétisation à Bruxelles, et plus spécifiquement à l’association non mixte, Diane. M'appuyant par ailleurs sur ce que j'appellerai « un langage de la colonie » (un langage à partir duquel s’explicite la relation coloniale, matérielle et symbolique, à l’ « Autre »), élaboré entre autres par Fanon et Mbembe, je montrerai, d’une part, comment l'association Diane se révèle un espace pouvant favoriser un vrai processus de construction matérielle et symbolique pour les migrantes. D’autre part, je montrerai comment cette même association se retrouve imbriquée dans une dynamique sociétale qui la conduit à participer à la reproduction d'un système de classe racisé.
Piolat, P. J. (2017). Alphabétiser en post-colonie, Fragments de la post-colonie multi-située. Achille Mbembe : les sciences sociales face aux défis du monde à venir, UCL. https://hdl.handle.net/2078.5/91693