“Le vent se lève, il faut tenter de vivre”. C’est sur ce vers célèbre du Cimetière marin que s’ouvre Un été de Vincent Almendros (Minuit, 2015). S’il laisse deviner d’emblée la possibilité d’un questionnement sur l’existence, un contexte maritime, l’idée de mouvement, de changement, voire de tempête, il pourrait aussi – on connaît la légende selon laquelle Valéry s’est vu arracher un poème qu’il ne considérait pas comme achevé – mettre le lecteur sur la piste d’une fiction seconde, d’une fiction qui viendrait non pas dans, mais après une autre fiction, la complèterait. Un été peut en effet être lu comme une récriture de Pierre et Jean, ce que la critique – qui a salué, à travers “l’étrange ballet auquel se livrent les quatre protagonistes”, “un auteur particulièrement doué” (Lire, févr. 2015, 47) – n’a, semble-t-il, pas encore relevé. Si l’hypotexte est très habilement dissimulé par Almendros, durant toute la première partie du récit, il devient éclatant au cours d’une scène d’amour adultère, centrale, qui fait apparaître, pour la première et unique fois, le prénom du narrateur. On se trouve donc bien en présence d’une fiction seconde, qui transforme, transpose, déploie, fait résonner l’intrigue d’un des plus célèbres textes de Maupassant. L’étude des liens (fidèles et infidèles) que le roman noue avec Pierre et Jean (présence de la mer; jeux sur les motifs de la tempête, des chapeaux qui passent de tête en tête, des prénoms; huis-clos; adultère, etc.) sera, dans un second temps, l’occasion de réfléchir à la notion de “fiction seconde”, d’essayer d’en mesurer l’extension, notamment par rapport à la notion de “littérature seconde”. Nous souhaiterions, enfin, développer une perspective pédagogique : il nous semblerait en effet intéressant d’exploiter le “rôle d’authentique co-énonciateur, dans l’intervalle de l’écriture et de la lecture” (Wagner, 2002, Etudes littéraires, 34, 312) qui est conféré au lecteur dans ce genre de pratique. Faire travailler sur les deux fictions offre en effet bien des perspectives intéressantes au professeur qui tente, parfois non sans mal, d’initier ses étudiants à une analyse littéraire, quelle qu’elle soit, tout en faisant éprouver au lecteur-critique que “l’espace littéraire est par essence un espace mixte, celui de l’écriture-lecture” (Wagner, op. cit., 302).
Hambursin, O. (2016). D’une fiction à l’autre: Des formes et des fonctions de la récriture dans Un été de Vincent Almendros. Fictions secondes, Paris (Sorbonne). https://hdl.handle.net/2078.5/183804