Files

No attached file found for this publication.

Details

Authors
Abstract
La couverture médiatique des actions protestataires n’est pas l’apanage des seul·es professionnel·les des médias : des individus qui revendiquent un discours militant de l’information produisent également des contenus pour les dispositifs de réseaux sociaux numériques (Treré, 2019 ; Baisnée et al., 2024). En devenant des espaces incontournables pour les luttes protestataires, les “espaces d’apparence” (Couldry, 2015) que sont des dispositifs comme YouTube, Instagram, Twitter/X, Telegram constituent en effet “un nouveau site du social” (Couldry, 2015) où s’agencent les différents types d’acteurs qui participent à la mobilisation, et à sa médiatisation, depuis les militant·es, aux professionnel·les des médias qui disposent d’une carte professionnelle aux créateur·trices de contenu sans oublier les autres groupes sociaux que sont les élu·es et les fonctionnaires d’institutions (forces de l’ordre, préfecture, ministère). Dean (2005) parle de « capitalisme communicationnel » (« communicative capitalism ») pour décrire comment le marché est à la fois le lieu des aspirations démocratiques mais aussi le mécanisme par lequel la volonté du demos se manifeste. A partir d’un travail de recherche au long cours sur la mobilisation organisée à Sainte-Soline en mars 2023, par une coalition d’organisations, autour du mouvement des Soulèvements de la Terre et de Bassines Non merci, pour protester contre la construction de « méga-bassines » et l’accaparement de l’eau au profit d’une agriculture intensive, nous tentons de saisir comment les plateformes numériques, avec leurs configurations spécifiques, participent à la lutte de cadrage et la mise en récit de l’action protestataire, et deviennent ainsi des actrices du jeu (Akanius ; Askanius & Gustafsson 2010; Barassi 2015 ; Youmans & York 2012). Plus spécifiquement, nous nous intéressons ici, et c’est la raison pour laquelle notre proposition se situe dans l’axe 3, au rôle spécifique joué par ceux et celles que nous nommons des « créateur·trices de contenu militant·es ». Parfois dénommés « reporters indépendants », « journalistes amateurs » (Rosen, 2008, cité par Ferron, 2024), « Youtuber », « Instagrammer », « influenceur·ses » (Sedda & Husson, 2023 ; Bourdeloie & Bénistant, 2024), la terminologie idoine reste instable pour qualifier ces personnes qui font valoir une expertise spécifique dans le captage, le cadrage et la distribution d’images d’actions protestataires écologiques au plus près des manifestant·es. Si ces expert·es de la mise en image des actions protestataires revendiquent une critique des médias « mainstream » qui les amènent à être également parfois identifié·es comme des « média-activistes » (Riboni, 2023), iels présentent néanmoins des caractéristiques différentes des « média-activistes » de la période des Printemps arabes ou du mouvement alter-mondialiste (Cardon & Granjon, 2013). S’iels revendiquent une critique du travail des médias « mainstream », iels participent en effet du marché de la création de contenu (Alexandre & Benbouzid, 2024) mais aussi du marché de l’information (Rebillard & Smyrnaois, 2019) au sein duquel l’image devient une ressource monétisée et valorisée. L’analyse que nous proposons est configurationnelle (Elias, 1984), qui s’attache à appréhender au plus près les relations entre acteurs, et plus précisément ici entre journalistes et « créateurs·trices militant·es » de la cause écologique. Pour ce faire, l'analyse porte sur un corpus composite de données hétérogènes qui comprend : - Les tweets (n=566,061) publiés entre le 10 mars et le 19 avril 2023 qui mobilisent le hashtag saintesoline ; - L’extraction des vidéos de la manifestation à Sainte-Soline publiées sur différents comptes spécifiques sur la plateforme Youtube et les commentaires qui les accompagnent ; - L’extraction du fil Télégram des organisateurs·trices; - Trente-deux entretiens semi-directifs avec des personnes ayant participé à la manifestation pour des raisons personnelles (participant·es, organisateur·es, « média-activistes », élu·es) et/ou professionnelles (journalistes de presse écrite et audiovisuelle) menés entre le 21 novembre 2023 et le 26 juin 2024. Nos résultats d’enquête montrent ainsi la division du travail entre « créateur·trices de contenu militant·es » et journalistes, et en quoi celle-ci participe de la plateformisation de l’action protestataire.
Affiliations

Citations