150 ans après Gutschmid, on défend encore l’idée que serait « historique » une démarche critique, qui révoque toutes les données des sources en doute, qui n’admet rien de ce qui a été admis. Et de rejeter vers les ténèbres des « littéraires » ou des « théologiens » ceux qui concèdent que l’approximation, la fantaisie ou l’ignorance n’ont pas guidé tous les auteurs antiques. Gutschmid pourtant croyait à une sorte de méthode préscientifique dans le traitement des sources traditionnelles en vue de leur intégration au cours du processus d’écriture. Et l’exemple des « anthropophages éthiopiens » prouve à l’envi que les auteurs de l’Antiquité n’écrivaient pas n’importe quoi. Bien entendu, leurs affirmations ne décrivent pas forcément les événements tels qu’ils se sont passés, selon la célèbre formule de Ranke. Et dans le cas d’espèce, le fait d’identifier sous l’Éthiopie la Colchide ne préjuge pas du voyage d’André et de Matthieu dans ces régions. Il n’en reste pas moins vrai qu’un certain a priori positif envers les données textuelles antiques doit être cultivé.
Burnet, R. (2024). Matthieu chez les Anthropophages éthiopiens, ou comment on écrit l’histoire dans l’Antiquité. In Costa José, Hamidović David, Pierluigi Piovanelli (eds) (ed.), Aux Origines judéennes du christianisme. Études en l’honneur de Simon Claude Mimouni (p. 852p). Brepols. https://hdl.handle.net/2078.5/234412