(fr) Les déficits olfactifs sont un indicateur précoce bien connu des maladies neurodégénératives, telles que la maladie d’Alzheimer (MA). Les agrégats intracellulaires de la protéine tau hyperphosphorylée, appelés dégénérescences neurofibrillaires (DNFs), constituent une caractéristique majeure de la MA. Ces DNFs sont présents dans le bulbe olfactif et le cortex entorhinal, deux structures essentielles au traitement des informations olfactives. Notre étude visait à explorer la progression de la pathologie tau à travers le système olfactif comme événement précoce de la pathogenèse de la MA. À l’aide de souris transgéniques PS19 exprimant la protéine tau humaine mutée (P301S), nous avons observé une accumulation précoce de tau phosphorylée (pTau) dans l’épithélium olfactif (EO) et le bulbe olfactif se propageant vers le système nerveux central (SNC) selon des voies neuroanatomiques définies. Des interventions ciblées au niveau de l’EO (ZnSO₄ et vecteurs AAV) ont permis de moduler la pathologie tau dans le SNC, confirmant le rôle potentiel de l’EO comme point d’entrée et cible thérapeutique. Des analyses transcriptomiques ont révélé des altérations moléculaires précoces et régionales, notamment dans l’EO dès 3 mois, impliquant inflammation, stress cellulaire et dysfonction olfactive, évoluant vers des perturbations synaptiques et métaboliques à 9 mois. Parmi les gènes différentiellement exprimés, Gbp2b s’est distingué comme biomarqueur potentiel en raison de son expression précoce et de son lien avec la neuroinflammation. En conclusion, nos résultats montrent que la pathologie tau débute précocement dans l’EO et se propage vers le SNC, positionnant l’EO comme une fenêtre privilégiée pour le diagnostic précoce et les interventions thérapeutiques dans les tauopathies telles que la MA.