Entre la règle et le cas, le droit se déploie, à la recherche d’un équilibre dont la quête est sans cesse à reprendre. En repartant d’Aristote, je voudrais montrer que notre tradition juridique, généralement associée à un droit de la règle, a toujours su ménager une place au cas, par projet ou par nécessité. A cet égard, la révolution copernicienne opérée par les pères du droit moderne au XVIIe siècle ne doit pas faire illusion : l’idéal d’un droit gouverné par une systématique more geometrico, motivé par le souci de répondre aux « défauts de la jurisprudence » (Muratori) et largement incarné par un idéal qualitatif de codification, n’a pas suffi à supprimer la place réservée en creux au droit du cas. Très vite, dans les textes comme dans la pratique judiciaire, la dialectique entre la règle et le cas a repris le dessus, soulignant l’enchevêtrement indépassable de ces deux pôles de juridicité. A l’aide du droit pénal et des ses évolutions, on cherchera à montrer ici comment la place du cas s’est accrue au fil du temps au cœur d’un droit moderne qui oscille sans cesse « entre la règle et sa suspension » (Derrida).
Cartuyvels, Y. (2016). Entre la règle et le cas : réflexions sur les raisons et les impasses d’un modèle géométrique du droit. Revue interdisciplinaire d’études juridiques, 76(1), x-x (NaN). https://hdl.handle.net/2078.5/185834 (Original work published 2016)