Pour une approche pédagogique englobante des scripteurs novices natifs et non-natifs ? L’exemple du ‘hedging’ en anglais académique

(2023) COSEDI – Corpus de genres spécialisés : caractérisation, méthodes et applications didactiques — Location: Université Grenoble Alpes (6.December.2023)

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L’écrit académique en anglais, en tant que genre, répond à de nombreuses routines et conventions ; les scripteurs sont souvent implicitement encouragés à se conformer à un grand nombre de normes et standards afin de faire partie de la communauté universitaire (Swales 1990). Au vu de ces nombreuses spécificités, les scripteurs novices non-natifs font souvent face à des difficultés dans le processus d’adaptation à ce nouveau genre (ex. Larsson 2016, Crosthwaite et al. 2017, Salazar 2014). Il est donc important de mettre à leur disposition des outils pédagogiques tels que le Louvain EAP Dictionary (LEAD), qui est destiné aux scripteurs non-natifs francophones écrivant en anglais académique (Granger & Paquot 2010). On peut cependant se demander si les ressources ciblant les scripteurs non-natifs pourraient être étendues et mises à la disposition des scripteurs novices natifs également (ceux-ci disposant d’un nombre plus limité de ressources). En effet, dès lors que l’écrit académique n’est la langue maternelle de personne, certains chercheurs soutiennent que « lorsque l’on traite de l’écriture académique à un niveau avancé, on dépasse la distinction entre natifs et non-natifs et (…) le niveau d’expertise des scripteurs est plus important à considérer que leur statut natif ou non-natif » (Römer 2009 : 99). Une approche pédagogique englobante permettrait donc d’inclure plusieurs populations de novices. Les fonctions « quoting and reporting » (« citer et rapporter ») et « express personal opinion » (« exprimer une opinion personnelle ») du LEAD, par exemple, pourraient aussi être destinées aux natifs anglophones. Les questions auxquelles nous tentons de répondre dans cette étude sont donc les suivantes : 1. Les novices natifs et non-natifs de l’anglais académique partagent-ils des caractéristiques communes ? 2. Sur cette base, serait-il intéressant de concevoir les matériels pédagogiques d’écriture académique en anglais en englobant les scripteurs novices natifs et non-natifs ? Une approche sur base de corpus est adoptée pour répondre à ces questions. Les analyses sont conduites en comparant trois corpus : un corpus d’experts anglais (KIAP-LING-EN, 50 textes, environ 530.000 mots), un corpus de scripteurs novices natifs anglais (BAWE-LING & MICUSP-LING, 72 textes, environ 174.000 mots) et un corpus de scripteurs novices non-natifs (ou apprenants) anglais (VESPA-LING-FR, 98 textes, environ 370.000 mots). Les trois corpus contiennent des études empiriques dans le domaine de la linguistique. Dans ces corpus, nous nous concentrons sur l’utilisation des ‘hedges’, c’est-à-dire la manière dont les scripteurs expriment la prudence, l’incertitude et le doute par rapport à l’information présentée dans leurs textes. Plus spécifiquement, parmi les ‘hedges’, nous étudions les locutions adverbiales (ex. ‘maybe’) et les complétives contrôlées par des adjectifs, noms et verbes (ex. ‘possible’ + complétive, ‘hypothesis’ + complétive, ‘suppose’ + complétive). Les marqueurs sont extraits en combinant approche automatique, et sélection et désambiguïsation manuelle en contexte. Les résultats sont ensuite analysés en termes de fréquence des marqueurs, préférences lexicales et diversité lexicale. L’étude révèle que, dans leur utilisation des ‘hedges’, les apprenants font probablement face à une difficulté supplémentaire, liée à leur statut de « non-natifs ». Ces apprenants n’utilisent pas les ‘hedges’ avec la même fréquence que les experts : ils sous-utilisent ces marqueurs, ce qui crée un ton assez assertif dans leurs textes. On ne retrouve pas cette tendance chez leurs pairs natifs, qui utilisent les ‘hedges’ avec une fréquence similaire à celle des experts. En termes de diversité lexicale, on remarque également un répertoire assez limité chez les apprenants comparé aux novices natifs et aux experts. On peut donc en conclure que les apprenants ont un profil différent de leurs pairs natifs, et que, en ce sens, il serait peu opportun d’inclure un public natif dans des ressources pédagogiques ciblées sur l’utilisation de ‘hedging’. En termes de préférences lexicales, les résultats montrent que les deux populations de novices ont une belle maitrise des termes fréquemment utilisés pour exprimer la prudence et le doute. Les verbes, en particulier, sont privilégiés par les trois groupes (ex : ‘consider’, ‘suggest’). Nos deux corpus de scripteurs novices contiennent des textes écrits par des étudiants en troisième année de licence et en master ; étudiants qui ont donc probablement déjà acquis un certain degré d’expertise en rédaction académique. Il serait intéressant de voir si cette matière serait pertinente à enseigner à des étudiants de première année par exemple, qui sont moins familiers avec ce genre spécialisé. Si une approche englobante ne semble pas appropriée pour l’enseignement des ‘hedges’ en anglais académique, des études mériteraient d’être menées afin de voir si elle le serait pour l’enseignement d’autres phénomènes linguistiques associés à l’écriture académique, tels que la voix passive ou le lexique scientifique transdisciplinaire.
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Jadoulle, P. (2023). Pour une approche pédagogique englobante des scripteurs novices natifs et non-natifs ? L’exemple du ‘hedging’ en anglais académique. COSEDI – Corpus de genres spécialisés : caractérisation, méthodes et applications didactiques, Université Grenoble Alpes. https://hdl.handle.net/2078.5/247329