Notre thèse d’agrégation sur Fichte, défendue en 1996, se terminait en tentant de montrer que la philosophie politique de Fichte atteint un « sommet métaphysique » dans sa philosophie intermédiaire avec l’Anweisung zum seligen Leben. On trouve, en effet, dans cet écrit spéculatif de philosophie populaire, une théorie de la création morale et du génie pour l’action qui permet d’incarner la réflexivité de la philosophie première dans une « typique du jugement pratique » conforme à l’exigence formelle de Kant, mais aussi construite sur les bases d’une intersubjectivité transcendantale. Outre l’interprétation particulière de la virtù qui est rendue possible par le type la proposition générale de l’Anweisung nous semble aussi avoir une portée politique décisive dans la mesure où, comme doctrine de la religion, elle ouvre la dimension historique de la finalité du processus d’autolimitation des consciences en rapport à la destination absolue des libertés. Sur ce point, il faut mentionner l’important travail de réhabilitation des Discours à la nation allemande réalisé – une fois n’est pas coutume – tant par R. Lauth que par A. Renaut, mettant respectivement en évidence le rôle de l’identité collective dans la destination spécifique de l’homme et le principe premier d’éducabilité du genre humain. C’est à la lumière de ces relectures des Discours qu’il faut situer l’ensemble de la production politique de la philosophie intermédiaire, sans se laisser ébranler par les généalogies factieuses qui voudraient toujours voir les systèmes politiques jaillir tout armés du cerveau des philosophes…
Maesschalck, M. (2006). Les enjeux du machiavélisme de Fichte pour une théorie procédurale des relations internationales. In I. Radrizzani (éd.) (ed.), Fichte. Lecteur de Machiavel (p. p. 121-135). Schwabe Verlag Basel. https://hdl.handle.net/2078.5/157361