Contexte et méthodologie Cette étude a été commanditée par le WWF-Belgique avec l’objectif d’étudier les performances économiques et environnementales de systèmes bovins (laitiers et allaitants) en Région wallonne. Plus spécifiquement deux objectifs ont été établis : (1) mettre en évidence la diversité de pratiques au sein des systèmes laitiers et allaitants en identifiant une typologie des modes de production, spécifique à la Région wallonne ; et (2) comparer les systèmes identifiés du point de vue de leurs caractéristiques structurelles ainsi que de leurs performances environnementales et économiques. Pour ce faire, l’étude s’appuie sur la construction de typologies de modes de production. Celles-ci constituent un cadre simplifié mais valide permettant de mettre en évidence et de prendre en compte la diversité existante. Les typologies présentées dans ce document regroupent ainsi des exploitations partageant certaines caractéristiques communes au sein d’un même groupe, ou système. Pratiquement, ces typologies sont construites au départ des données de comptabilités agricoles de la DAEA (Direction de l’Analyse Économique Agricole). L’analyse couvre la période 2014-2017 (quatre années). Le jeu de données final ayant servi aux analyses est constitué de 290 exploitations laitières et 216 exploitations allaitantes naisseurs. Sur base d’une série de critères de classification, celles-ci sont réparties en huit systèmes laitiers et six systèmes allaitants respectivement. Ces différents systèmes sont ensuite analysés et comparés au moyen d’une série d’indicateurs structurels (certains ayant servi à la classification des exploitations) ; environnementaux et économiques. Les éléments de méthodologie (jeu de données et indicateurs mobilisés) sont détaillés au Chapitre 2. La construction des typologies est développée au Chapitre 3. Résultats des systèmes laitiers La typologie fait émerger huit systèmes laitiers. Ceux-ci peuvent être de grandes (G) ou petites (P) exploitations ; herbagers (H) ou diversifiés (D) ; à chargement faible (C-) ou élevé (C+). Au niveau structurel (sections 4.2 et 4.3), les systèmes de grandes exploitations et à chargement élevé présentent de manière générale des rendements laitiers et une consommation de concentrés supérieurs aux systèmes de petites exploitations et à chargement faible. Celles-ci mobilisent par ailleurs plus de surfaces. De plus, là où les systèmes herbagers misent sur une valorisation des prairies permanentes, les systèmes diversifiés intègrent d’autres cultures, avec une présence plus ou moins importante de maïs ensilage. Au niveau environnemental (section 4.4), les performances de chaque système ont dans un premier temps été évaluées au moyen de neuf indicateurs relatifs à cinq catégories d’impact environnemental (utilisation de PPP, émissions d’azote, impact sur la biodiversité, consommation de soja et empreinte carbone ; sections 4.4.1 à 4.4.5). Afin de pouvoir comparer et classer les systèmes sur base de leurs performances environnementales, les résultats des différents indicateurs ont dans un deuxième temps été agrégés pour chaque système pour dégager un score global d’impact environnemental (section 4.4.6). Dans l’ensemble, il apparait que les systèmes à faible chargement, et en particulier les systèmes herbagers ont les impacts environnementaux les plus faibles. Les systèmes « HC-P » et « HC-G » obtiennent ainsi les scores globaux les plus faibles (15 et 17 respectivement). A l’inverse, les systèmes diversifiés à chargement élevés (« DC+G » et « DC+P ») apparaissent comme les moins intéressants du point de vue environnemental (scores de 28 et 31 respectivement) (voir Figure 13 et Figure 14). 8 Au niveau économique (section 4.5), les performances des systèmes sont évaluées au départ de leurs structures de produits et de charges. Un indicateur principal est analysé : le revenu du travail familial (RTF). Celui-ci correspond à la différence entre l’ensemble des produits d’exploitation et l’ensemble des charges d’exploitation (d’autres indicateurs tels que la marge brute, l’excédent brut d’exploitation, la dépendance financière ou l’importance des aides et subsides sont également étudiés). Bien que globalement les systèmes présentent des niveaux de RTF similaires (avec des écarts-type importants ; voir Figure 17), les résultats montrent également de façon assez claire que les structures de coûts et de produits sont fort différentes d’un système à l’autre, en particulier entre petites et grandes exploitations (Figure 19). Certains systèmes adoptent ainsi une stratégie de maximisation des produits (« DC+G ») tandis que d’autres misent plutôt sur une minimisation des coûts (« HC-G »). L’exclusion des exploitations bio de l’échantillon (que l’on retrouve principalement dans les systèmes « HC-P » et « DC-P ») affecte peu les résultats. Au niveau environnemental, cette exclusion renforce l’avantage des systèmes herbagers par rapport aux systèmes diversifiés (voir Tableau 75 en Annexe 3). Au niveau économique, les niveaux de RTF sont similaires avec et sans exploitations bio (Figure 21). Globalement, il apparait que les systèmes herbagers présentent une meilleure combinaison de performances environnementales et économiques (Figure 24). Résultats des systèmes allaitants Concernant les systèmes allaitants naisseurs, la typologie fait émerger six systèmes. Ces systèmes peuvent travailler avec la race Blanc Bleu Belge (BBB) ou avec des races françaises (FR) ; être herbagers (H) ou diversifiés (D) ; à chargement faible (C-) ou élevé (C+). Au niveau structurel (sections 5.2 et 5.3), il apparaît que les systèmes FR (tous deux à chargement faible) mobilisent beaucoup de surfaces et présentent des consommations de concentrés plus faibles que les systèmes BBB, en particulier ceux à chargement élevé. L’importance du maïs ensilage, présent dans les systèmes diversifiés, semble plus limitée que dans le cas des systèmes laitiers. Au niveau environnemental (section 5.4), les indicateurs mobilisés pour les systèmes laitiers ont également été estimés pour les systèmes allaitants. Il apparait que les deux systèmes français obtiennent des scores globaux d’impact environnemental bien plus faibles en comparaison aux systèmes BBB (scores de 11 et 13). Ceci s’explique par la présence de nombreuses exploitations bio au sein de ces systèmes. Au sein des systèmes BBB, le système herbager à faible chargement (« BBB H C- ») est celui qui obtient le plus faible impact global (17). A l’inverse, le système diversifié à chargement élevé (« BBB D C+ ») obtient le score le plus élevé (30) (voir Figure 34). Au niveau économique (section 5.5), l’indicateur principal analysé est également le revenu du travail familial. Ici aussi les résultats montrent des écarts-types importants au sein des différents systèmes (Figure 38). On observe néanmoins également des stratégies fort différentes d’un système à l’autre (Figure 40). Certains systèmes visent ainsi une maximisation des produits (par exemple « BBB D C+ » via une maximisation des produits viandeux, ou « FR D C- » via des aides et subsides élevées), tandis que d’autres visent à minimiser leurs coûts (par exemple « BBB H C- » et « FR H C- »). L’exclusion des exploitations bio affecte peu les résultats. En effet, les systèmes FR sont composés quasi exclusivement d’exploitations bio et ne peuvent dès lors pas être analysées sans celles-ci. Au sein des systèmes BBB, seul le système herbager à faible chargement contient des exploitations bio. Toutefois, exclure ces exploitations n’affecte pas ses performances environnementales (Tableau 81 et Tableau 82 en Annexe 6) et économiques (Tableau 84 en Annexe 7) vis-à-vis des autres systèmes. 9 Globalement, il apparait que les systèmes FR présentent les meilleurs résultats combinés de RTF et d’impact environnemental. Au sein des systèmes BBB, c’est le système herbager à faible chargement (« BBB H C- ») qui présente le meilleur compromis (Figure 42). Conclusions générales Les résultats permettent d’affirmer que (1) les systèmes obtenant les meilleurs résultats environnementaux (globalement les systèmes herbagers à faible chargement) obtiennent des résultats économiques aussi satisfaisants que les autres ; et (2) des niveaux de revenus similaires peuvent cacher des modèles économiques différents.
Riera, A., Antier, C., & Baret, P. (2020). Analyse des performances environnementales et économiques de différents systèmes de production bovins en Région wallonne. https://hdl.handle.net/2078.5/112729