(fr) Le point de départ de cette monographie est Kunturi, une communauté rurale du département de Cochabamba en Bolivie. Nous y suivons ses habitants dans leurs mobilités entre campagne et ville. Leurs déplacements et installations dans de nouveaux espaces de vie sont envisagés comme un processus: celui de « s’habituer ». A partir de ce terme émique, la thèse décrit les processus d’habituation et de déshabituation qui sont à l’œuvre dans les quotidiens des habitants de Kunturi. Elle aborde le passage entre la campagne et la ville comme des déplacements à la fois géographiques mais aussi culturels et psychiques. En effet, la Bolivie n’échappe pas à la tendance mondiale qui tend à l’urbanisation et à la dépaysanisation de sa population. Si la mobilité et les échanges entre différents espaces sont inhérents aux organisations paysannes du pays depuis des siècles, un mouvement d’installation vers les villes est à l’oeuvre depuis les années 1950. Il s’est nettement accéléré à la fin du vingtième siècle. Résultat, depuis une quinzaines d’années, la dynamique entre campagne et ville a pris un nouveau tournant. Il est dû notamment à la construction de nouvelles infrastructures routières, au déploiement des technologies de télécommunication, mais aussi à l’arrivée d’Evo Morales au pouvoir qui a marqué un changement symbolique fort pour les populations rurales et indigènes historiquement marginalisées dans l’espace urbain. Au-delà du niveau micro de l’ethnographie, la thèse donne à penser plus largement les processus d’urbanisation et de dépaysanisation qui s’opèrent au sein du pays. Elle réfléchit les changements socio-culturels, les places nouvelles données et prises, par les populations d’origines indigènes et rurales, dans les villes.
de Meeûs, G. (2022). S’habituer : une ethnographie d’un processus de passage de la campagne à la ville dans les Andes Boliviennes. https://hdl.handle.net/2078.5/102906