"Un drame dans une maison de fous". L'"Affaire d'Evere" (Bruxelles, 1871-1872), ce qu'elle révèle du régime des aliénés en Belgique, ses effets dans un contexte propice à la réforme

(2017) Revue Belge d’Histoire Contemporaine — Vol. XLVII, n° 4, p. 112-143 (2017)

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Après une décennie marquée par une gestion jugée exemplaire par les autorités, l’asile pour aliénés d’Evere, fondé en 1854, suscite des critiques de plus en plus vives au cours des années 1860. Les différentes instances chargées de la surveillance des asiles du royaume dénoncent en effet sa gestion déplorable et inhumaine auprès du ministre de la justice, qui a alors la haute autorité dans ce domaine. Constatant la mauvaise volonté des directeurs de l’asile, qui tardent à se remettre en ordre malgré plusieurs avertissements, le ministre hésite à faire procéder à la fermeture de la maison de santé quand, en décembre 1871, le procureur du roi de l’arrondissement de Bruxelles l’avertit qu’une instruction vient d’être ouverte pour enquêter sur un double homicide qui y serait survenu. Cette enquête, qui permet de constater toute l’ampleur des problèmes qui gangrènent l’asile, décide le ministre à fermer celui-ci, et provoque une vive émotion auprès du public. Les aliénistes belges, qui cherchent alors à faire reconnaitre leur spécificité et leur légitimité, se saisissent du scandale afin de faire émerger un débat sur la question du régime des aliénés et plus spécifiquement de la place qui devrait leur être réservée dans les asiles. Le débat dévie toutefois rapidement sur la question de l’étatisation des asiles, que d’aucuns considèrent comme la seule option satisfaisante si l’on veut s’assurer de la qualité de la prise en charge des aliénés, et qui rencontre également le soutien de l’aile radicale du parti libéral, qui poursuit alors systématiquement la laïcisation de la société. Dans un contexte politique peu ouvert à l’idée de l’intervention de l’État, le débat tourne toutefois court, et la loi qui finit par être promulguée en 1873 pour réviser celle de 1850 est peu ambitieuse. Le législateur se contente en réalité de répondre pragmatiquement aux problèmes constatés à Evere, sans véritablement révolutionner le régime des aliénés, et ne retient que les idées les plus raisonnables formulées par les aliénistes.
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Godart, G. (2017). “Un drame dans une maison de fous”. L’“Affaire d’Evere” (Bruxelles, 1871-1872), ce qu’elle révèle du régime des aliénés en Belgique, ses effets dans un contexte propice à la réforme. Revue Belge d’Histoire Contemporaine, XLVII(4), 112-143. https://hdl.handle.net/2078.5/48002 (Original work published 2017)